Une taupe au Fakir ?

    François Ruffin, fondateur du Fakir, célèbre journal satirique et engagé, et réalisateur de superbe film “Merci Patron”,

    François Ruffin, au ciné Saint-Leu, lors de la présentation du film, lors de sa sortie.

    s’explique.

    François Ruffin, vous saviez que vous étiez infiltré par une taupe. Etait-ce quelqu’un que vous connaissiez très bien, un proche de longue date ?

    Je voudrais souligner, d’abord, le côté à la fois grotesque, fantastique, incongru du bazar: on a là l’association des deux Bernard, Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France, le PDG du premier groupe de luxe au monde, et Bernard Squarcini, l’ex-premier flic de France, l’ancien bras droit de Nicolas Sarkozy. Et ces deux puissants personnages s’allient pour quoi? Pour espionner, en Picardie, le petit journal Fakir! Pour faire nos poubelles, semble-t-il, à Amiens! On pourrait regarder ça comme un signe inquiétant: ils se croient vraiment tout permis. Car si on faisait la même chose, vue l’obsession des multinationales pour le secret des affaires, on risquerait gros. Mais je préfère y voir, au contraire, un signe positif: on peut leur faire peur, un peu, même quand on ne dispose pas de milliards. S’ils recourent à ces méthodes de truands, c’est qu’ils se sentent un peu fragiles. Sinon, pour répondre à votre question, non, la taupe n’était pas un proche du tout. On l’a vite repérée, ce mec – qu’on surnommait “le Libanais” avait vraiment un comportement bizarre, avec des trucs sortis de James Bond, des stylos-caméras, des machins comme ça. Mais plutôt que de le démasquer, on a choisi de s’en servir pour intoxiquer LVMH, pour leur fournir des fausses informations, et ils déplaçaient les forces de police devant Dior, par exemple. Ca montrait le lien, tout ça, entre l’Etat et le patronat. La question un peu plus grave à se poser : est-ce que les RG, les CRS, les gendarmes n’avaient pas plus urgent que de surveiller les rigolos de Fakir? Est-ce qu’il n’y a pas des groupes terroristes plus dangereux à pister?

     Quelles sont aujourd’hui vos relations avec cette taupe ?

    C’est compliqué à suivre, mais cette taupe nous a, à son tour, démasqués. Alors qu’on tournait en caméra cachée, elle a aperçu le camescope, et du coup ça a rompu toute relation.

    Allez-vous porter plainte ?

    Franchement, je vais vous dire, tout ce qui se passe devant les tribunaux me fatigue. C’est de l’énergie perdue, et d’autres causes réclament davantage notre attention.

    Surtout, on s’est bien marrés avec tout ça, on a fait rigoler les gens dans les salles de cinéma à travers toute la France, on a rendu ces puissants ridicules, est-ce que ça ne vaut pas mille fois un jugement rendu par des magistrats? Maintenant, c’est sûr que si une rédaction parisienne avait été visée de la même manière, peut-être que ça crierait davantage au scandale.

    Où en est le film aujourd’hui ?

    Le film a connu un succès formidable, on a dépassé les 500 000 spectateurs, et tout ça avec un budget dérisoire. Mais surtout, je l’ai mesuré, ça a redonné la pêche à plein de personnes, ça ré-encouragé, redonné de l’énergie, et c’est le but avant tout: quand le réel écrase, que l’art, la littérature, le cinéma, un documentaire, ouvre comme une fenêtre, un grand bol d’air, autre chose est possible.  Désormais, Merci patron! est projeté au Canada, en Espagne, en Italie, en Ukraine, en Amérique du Sud, etc. Et sinon, le DVD est sorti pour Noël, et on fait partie de la sélection pour les César. C’est inattendu pour un doc social qui se passe entre Flixecourt, Amiens et Valenciennes.

    Et où en est votre candidature aux législatives ?

    Ouh la, changement de sujet. Mais je vais le lien, quand même : moi, mon adversaire, c’est toujours la Finance, et aussi l’indifférence. Pour me bagarrer contre ça, contre cette résignation ambiante, contre la main-mise des puissances d’argent sur nos vies, je suis prêt à user de toutes les armes : un journal, un film, les manifs, les occupations de places, et les urnes. Tout est bon à essayer. Donc, oui, je souhaite me porter candidat aux législatives dans la Somme. C’est une initiative citoyenne, je vois bien qu’elle réveille de l’envie chez des gens, qu’on essaie de faire de la politique autrement, mais je ne partirais que si j’ai l’appui des partis de gauche : la France insoumise, les Verts, le Parti communiste. Et en toute sincérité, avec les appareils, c’est pas simple…

     

    Vous avez proposez un débat quotidien avec le très libéral Dominique Seux sur France Inter. Qu’en est-il ?

    C’est toujours la même lutte : l’éditorialiste du quotidien patronal Les Echos a la parole, tous les jours, sur France Inter, pour nous expliquer que les salaires sont trop élevés, qu’il y a de la concurrence, etc. Je l’ai interpelé, à l’antenne, pour que, au moins, il puisse y avoir un débat sur sa vision de l’économie. C’est ça la démocratie, c’est ça le pluralisme : du débat. Et je peux vous assurer que, si je suis candidat, je solliciterai des débats avec tout le monde.

    Quels sont vos projets

    C’est déjà pas mal, non?

     

    Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

     

     

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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