Comme un cargo plein de souvenirs dans ma tête…

    Alain Frégé et la guitare fracassée d’Axel Bauer. Photo : Philippe Lacoche.

        Parisienne, ma petite fiancée a longtemps fréquenté les milieux du rock, de la chanson et du show-biz. À la faveur de courtes vacances, nous avons été invités par l’un de ses amis proches, Alain Frégé, dans sa charmante maison d’un tout aussi charmant village camarguais situé entre Nîmes et Montpellier. Au cours de sa longue carrière, Alain a notamment été le manager du groupe de rock Diesel, de Valérie Lagrange et du chanteur Axel Bauer. Est-il nécessaire de préciser qu’entre Alain et moi, le courant passa immédiatement? En préambule, je lui confiais que j’avais fait mes premières armes de journaliste au sein de la revue de rock Best, dès mai 1977, au sortir de mon école de journalisme, en pleine période de l’arrivée du punk à Paris. Après une longue période de musique progressive planante et hippie, et de jazz-rock technique et démonstratif, les gangs sortaient du bitume comme les morilles dans les terres calcaires de champagne sous les frênes, en avril. Je crois me souvenir que j’avais interviewé Diesel, très certainement dans l’arrière-salle du café Le Petit Port-Mahon, dans la rue éponyme, à deux pas du 23 de la rue d’Antin où se trouvait l’immeuble de Best, et où je réalisais tous les entretiens des formations du rock hexagonal. Alain devait se trouver en compagnie de ses poulains. Mais, les années passant, ni lui, ni moi ne nous souvînmes de ces instants. Ou bien chroniquai-je leur premier album produit par Polydor?

    La Maison carrée, à Nîmes. Photo : Philippe Lacoche.
    Les arènes de Nîmes. Photo : Philippe Lacoche.
    Coucher de soleil près de Saintes-Marie-de-la-Mer.
    Photo : Philippe Lacoche.
    Le Grau-du-Roi. Photo : Philippe Lacoche.

    Le soir, chez Alain, au retour de nos longues promenades dans les villes adorables du secteur (Aigues-Mortes, Nîmes, Saintes-Maries-de-la-Mer, Grau-du-Roi, etc.), nous procédions au même rituel: nous débouchions une bouteille de costières-de-nîmes, disposions sur la table basse une multitude de petits légumes et nous nous adonnions à l’apéritif des souvenirs. Alain me parla longuement d’Axel Bauer, créateur de la chanson «Cargo», immense succès de 1983, fils de Franck Bauer, speaker de Radio Londres, grand résistant (il rejoignit le Royaume-Uni, dès juillet 1940, à bord d’un paquebot polonais bombardé par la Luftwaffe qui le manqua de peu), batteur de Django Reinhardt. Il nous fit voir la guitare – où ce qu’il en reste – que l’artiste fracassa le 9 juin 1984, à la fin de l’interprétation de «Cargo» au cours de Champs-Elysées, l’émission de Michel Drucker. (Il existe, sur Youtube, une vidéo de l’INA où on le voit en pleine action.) Je me disais qu’Axel et moi avions dû nous croiser dans les années 1980 au Rose Bonbon, club où il était toujours fourré et que je fréquentais assidûment. Et, je ne cessai de questionner Alain à propos de la délicieuse Valérie Lagrange, chanteuse et comédienne qui m’a toujours fasciné et que j’avais eu la chance d’interviewer à la sortie de son premier album chez Virgin. Je me souvenais de cet entretien mystérieux, réalisé au cœur d’une nuit dans une maison de banlieue qui me faisait penser à celles qui peuplent les romans de Patrick Modiano. Tout ça me paraissait loin, si loin. Et, saoul de souvenirs et de nostalgie, il me fallait plusieurs verres de costières-de-nîmes pour reprendre contact avec l’époque infectée par le coronavirus, l’ultralibéralisme et la mondialisation.

    Dimanche 15 mars 2020.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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