Comme un panache mélancolique

        Désinvolture à la hussarde et mélancolie modianesque: le dernier livre d’Arnaud Le Guern envoûte…

    Arnaud Le Guern trempe son pinceau dans les couleurs éternelles. Photo : Philippe Lacoche.

    Citer un confrère quand il est imparable relève de la salubrité: «L’émotion affleure malgré la pudeur. On dirait le Goncourt, en plus court. Le Guern a tous les défauts: le snobisme, trop de facilités, et une absence totale de prétention. Pourvu qu’il ne les perde jamais.» Ainsi s’exprime Frédéric Beigbeder dans le Figaro magazine du 11 janvier à propos d’Une jeunesse en fuite, le dernier roman d’Arnaud Le Guern. Difficile de mieux dire.

    Peintre impressionniste

    des lettres françaises

    Arnaud Le Guern ici en compagnie de Patrick Besson. Photo : Philippe Lacoche.

    Il l’avait prouvé avec ses deux précédents romans (Du soufre au cœur, 2010, chez Alphée; Adieu aux espadrilles, Le Rocher, 2015), Arnaud Le Guern est un écrivain qui manie avec subtilité le panache des Hussards et une mélancolie modianesque. On retrouve ici ces deux qualités majeures qui, actuellement, font trop souvent défaut à la littérature contemporaine, gangrenée par le sociétal, et l’imbécile et éphémère modernité. Le Guern, peintre impressionniste des lettres françaises, trempe son pinceau dans les couleurs éternelles et l’eau de l’universel. On est en droit de l’en remercier.

    «C’est l’été. Il fait doux; l’écume mousse

    sur la plage.

    Les souvenirs aussi.»

    Arnaud Le Guern en compagnie de ses amis Franck Maubert (au centre) et Cyril Montana (à droite). Photo : Philippe Lacoche.

    Que nous dit-il? Peu et beaucoup. Peu: son enfance en Bretagne où il revient un jour d’aujourd’hui en compagnie de sa fille. C’est l’été. Il fait doux; l’écume mousse sur la plage. Les souvenirs aussi. Le narrateur se replonge dans les années 1990. Il a quinze ans. Adolescence légère, douce, un brin désinvolte. Les jeunes Bretonnes sont séduisantes et peu farouches. La musique est bonne: Guns N’Roses, Christophe, Niagara, Louise Feron… Et quand la musique est bonne… Voilà pour le peu. Le beaucoup, ce sont les non-dits, les mystères. Ce père, médecin militaire de haut niveau, courageux mais taiseux, franc-maçon discret qui garde tout au fond de lui cette guerre du Golfe qui, au final, l’a brisé. Tout comme l’a brisé la mort, récente, de son chien adoré. Page 162: «Début janvier 1991, la guerre est déclarée. Opération Tempête du désert. Le narrateur apprend la nouvelle à la radio. Dans son oreille: les voix des reporters et le bruit des missiles qui zèbrent la nuit orientale. Scud irakien contre Patriot américain. L’angoisse ancrée en lui, le narrateur poursuit sa vie de lycéen, rythmée par les lettres d’Arabie que son père envoie, dans une époque où la légèreté, déjà, n’est plus une affaire sérieuse.» Les lettres du père seront retrouvées par le narrateur. Il les lira. Elles finiront par l’éclairer.

    Ce roman, à la fois mélancolique et mystérieux, détient quelque chose d’envoûtant. Arnaud Le Guern a un talent fou.

    • PHILIPPE LACOCHE
    • Une jeunesse en fuite, Arnaud Le Guern, éd. du Rocher; 226 p.; 17,90 €.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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