Confiné au jardin : Bernard, le vilain petit escargot

      «Je ne parviens plus à me lever tôt. Saloperie de Venlafaxine!» peste intérieurement le jardinier confiné. Yeux bouffis de nuit, regard hagard par les rêves inavouables, pas incertain de l’homme ivre qu’il n’est pourtant pas, le confiné se rend compte qu’il est déjà 9 heures. «Encore une matinée trop entamée», se dit-il. Il rêvait de se lever à 6 heures du matin, de faire des exercices d’assouplissement, de siffloter «L’Internationale» dans l’air frais de l’aube. Point. Pas moyen de se saquer du lit.

    Babette, une ancienne baba cool

    Le petit Bernard vient d’être repérer par le confiné; il l’installe délicatement entre le mung et le poivrier. (Photo : Philippe Lacoche.)

    De mauvaise humeur, il se dirige vers l’évier où se prélasse la vaisselle sale qu’il s’apprête à nettoyer quand son attention est attirée. Il repose l’éponge et le liquide vaisselle, et se penche sur le corps minuscule d’un bébé escargot qui semble somnoler au fond d’un mug rouge vif. «Comment a-t-il atterri là?» se demande le confiné, attendri. Pour peu, il l’eût aspergé de liquide vaisselle et il eût disparu à jamais dans le siphon. Il le prend entre ses doigts gourds. Il est tout mignon, d’un marron doux et noisette comme les yeux de Sophia Loren. Le confiné, qui parle escargot couramment, lui pose la question rituelle: «Comment t’appelles-tu, petit?» Le mini-gastéropode sort sa tête équipée de deux cornettes de bébé nonne. «Bernard, Monsieur!». «Et comment es-tu arrivé au fond de ce mug?» Le petit Bernard baisse les cornes et feint de ne pas avoir entendu. Le confiné n’insiste pas. «Reste tranquille! Je vais prendre ma douche.» Vingt minutes plus tard, Bernard a disparu. Panique dans le cœur trop sensible du jardinier. Il le retrouve, un mètre plus loin, près de la machine à café. Nouvel interrogatoire. Bernard crache le morceau. Il a échappé à la vigilance de sa mère qui, elle, est restée dehors.

    Babette, la maman escargot, et sa fille, Rosa. (Photo : Philippe Lacoche.)
    Les retrouvailles. Le petit Bernard, sur le mug, au premier plan. sa soeur Rosa, et sa mère, Babette contre le mur. (Photo : Philippe Lacoche.)

    Effectivement, le confiné retrouve la maman, Babette (une ancienne baba cool) et sa fille, Rosa (comme Rosa Luxembourg), la sœur de Bernard, accrochés au mur près de la porte de la véranda. «Dois-je rendre sa liberté à Bernard et retrouver ma solitude de confiné?», se demande, grave, le jardinier. Affaire à suivre. PHILIPPE LACOCHE

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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