Confiné au jardin : bouquets de nains… de jardins

     

    Primevères pour faire un bouquet de nain. Photo : Philippe Lacoche.

    Un jour de plus en confinement. Ça commence à faire long: ne plus pouvoir se balader dans la rue sans attestation; se priver d’aller au bistrot; ne plus pouvoir faire une bise à la factrice quand elle nous apporte, les joues fraîches et roses de jeune cycliste surdiplômée, la lettre qu’on attendait depuis trois semaines… Oui, ça devient long. Heureusement, il reste le jardin. Allons-y.

    Dans la poche!

    Un pas sur la terrasse, puis deux et trois… Personne à l’horizon? Pas de voisin pour vous alpaguer, vous postillonner sur le visage (ça aussi, aujourd’hui, ça nous manque); la route est libre. Un coup d’œil vers le ciel pour avoir confirmation qu’aucune chauve-souris va vous tomber sur le râble et vous refiler ses miasmes. «Mais non, suis-je bête!» constate intérieurement l’homme hésitant. «Ces bestioles-là ne sortent que la nuit.» On descend prudemment les escaliers recouverts d’une mousse verdâtre qu’on s’était promis de nettoyer depuis des lustres, ce que, of course, on n’a jamais fait. Prudence en descendant les escaliers: il ne manquerait plus qu’on se casse la gueule. Fracture du fémur en pleine épidémie de coronavirus, ça ne ferait pas très sérieux. Ça y est; on y est dans notre beau jardin. Il pleut. Une belle averse de mars, drue, franche, droite, grisonnante comme les poils de la moustache de Jacques Perret. Là, on profite. La flotte vous dégouline sur la caboche. Qu’importe: on rêve; on est ailleurs. On admire les primevères. On se dit qu’on en ferait bien un joli bouquet pour sa petite fiancée, pour sa toute petite fiancée. Un tout petit bouquet. Un bouquet de nain. Un bouquet minuscule. Un bouquet de nain de jardin. On rêve qu’on est en train de le lui donner à la petite, à la toute petite fiancée. La scène se passe rue de Boutillerie, à Amiens, dans la maison de la dame. Elle ouvre la porte. On lui donne notre tout petit bouquet coloré, pastel, doux, tout doux comme notre amour. Alors, la dame exulte. Elle pousse des petits cris, puis se met, elle aussi, à rapetisser. Elle devient toute petite, minuscule comme le bouquet de primevères. Il ne reste plus qu’à la prendre délicatement dans votre main et la mettre dans votre poche et de la ramener chez vous, bien au chaud. Surtout, sur votre attestation, n’oubliez pas de motiver votre déplacement et de cocher la case: kidnapping d’une personne minuscule et vulnérable. Ça devrait passer.

    PHILIPPE LACOCHE

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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