Confiné au jardin : ces vieux fruits nouveaux

    Les jolies fleurs rosées et blanches font penser à celles d’un cerisier. Photo : Philippe Lacoche.

    Depuis qu’il se trouve en confinement, le jardinier s’intéresse à tout. Cet après-midi-là, il s’avance sur la terrasse, observe ce beau et grand arbre tout en fleur, blanc et rosé, qui scintille sous le ciel presque azur. «On dirait un cerisier», se dit-il. Il se repend: «Un cerisier? Pas du tout.» Il se souvient qu’au cours de chaque été, il déguste ces fruits mystérieux, inconnus et délicieux: les nashi. Terriblement délicieux, oui; et pas seulement parce que ceux-ci proviennent du verger de son voisin. (Pas celui de Tio Guy qui ne possède qu’un puissant cerisier; mais de celui du voisin de droite.)

    Jeannette Vermeersch

    N’allez surtout pas croire que le jardinier s’adonne, sournois et malhonnête, au maraudage. Point. Chaque été, de grandes branches lestées de lourds nashi (qui ne sont autres que des poires japonaises), en forme de pommes denses, ocre, croquantes et juteuses, pendent, épuisées, jusque sur le carrelage (épuisé, lui aussi) de sa terrasse mal entretenue. Comme tous les fils d’ouvriers de Tergnier, nés au cœur des années 1950, donc imprégnés à la fois de la morale catholique et communiste (ascétisme façon Jeannette Vermeersch: «Tu ne voleras point, même les capitalistes; tu ne t’adonneras pas aux vices de la bourgeoisie.»), le confiné est habité par une honnêteté pathologique. Il sait bien que ces branches qui pendent chez lui ne font que lui offrir ce qui lui revient. Mais, chaque été, cet imbécile de jardinier se retourne trois ou quatre fois, avant de mettre trois ou quatre gros nashi dans sa musette pour aller se régaler, toujours coupable, dans sa cuisine. Il est vraiment étrange, le confiné. Pour lui, le nashi fut une vraie découverte. À chaque fois qu’il croque dans l’un d’eux, il ne peut s’empêcher de se revoir, enfant, attablé chez ses grands-parents maternels à Sept-Saulx, dans la Marne. C’était un été des années 1960. Son oncle Marcel avait rapporté deux énormes agrumes jaune clair, sortes de burnes d’Hercule. «Ce sont des pamplemousses!», tonna Marcel du haut de sa grosse voix d’ancien combattant d’Algérie. Pourtant, les pamplemousses devaient être connus en France depuis des lustres. Déjà enfant, le confiné n’était point de son temps. Avec le nashi, il détient une excuse: ce joli fruit n’a été importé dans l’Hexagone qu’en 1980. Il progresse, le confiné. PHILIPPE LACOCHE

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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