Confiné au jardin : d’une épidémie l’autre

    La petite boîte bleu ciel contenant le Figaro avec l’article d’Eric Neuhoff.

    C’est bien connu : le jardinier confiné ne pense qu’à son jardin. Assis sur son divan, il contemple la cheminée. Il rêvasse mollement. Son regard se pose sur le gros tas de cendre. «Quelle négligence!» pense-t-il. «Ça serait excellent pour le compost.» Le jardinier confiné a de la suite dans les idées. Avant de laisser reposer son corps chétif sur le canapé, il a tondu la pelouse pendant vingt bonnes minutes en demandant au moteur

    Lectrice, le titre “D’une épidémie l’autre”, pourra te sembler bizarre. Pourquoi ne pas écrire : “D’une épidémie à l’autre”? C’est pour faire un clin d’oeil au roman “D’un château l’autre”, de cette vieille crapule de Céline (ici photographié en 1951 lors de son procès pour collaboration) qui, c’est certain, n’aurait pas hésité une seconde pour soigner les sans grades atteints de cette saleté de coronavirus. Céline : médecin des pauvres du “Voyage au bout de la nuit”; c’est celui-là qu’on aimait et pas l’odieux antisémite des orduriers pamphlets. La nature humaine est parfois ambiguë.

    de sa tondeuse d’être le plus discret possible afin de ne pas gêner Tio Guy, son bon voisin.

    Peste

    Obéissant, le moteur fait de son mieux; cela n’a pas suffi : l’attention de Guy a été attirée; il est sorti de son confinement pour venir discuter avec le tondeur. De quoi peuvent bien parler deux confinés quand ils se retrouvent et discutent à travers un grillage mitoyen : de confinement, of course. Ils parlent aussi du beau temps, légèrement froid, ensoleillé et sec qui pourrait les conduire à faire autre chose que de rester chez eux à regarder Edouard Philippe à la télévision. Tio Guy rêverait de chevaucher sa motocyclette et d’emmener Béa, la dame de son coeur, à la mer. Le jardinier confiné, lui, rêverait d’attraper ses gaules et de foncer à l’étang du comité d’entreprise pour capturer perches et gardons printaniers. Sur le canapé, il rêvasse, donc. Il se lève, se dirige vers l’appentis sous la véranda, cherche une boîte qui pourrait contenir les cendres de la cheminée. Là, joie, parmi les vieux outils, à cinquante centimètres de ses cannes, il retrouve une adorable petite boîte bleu ciel, propriété de son ex-épouse. Dans cette boîte : un vieil exemplaire du Figaro daté du jeudi 15 mai 2014. Il jette un oeil, sur la chronique «Ça c’est Cannes!», du copain Éric Neuhoff, titrée «Un film sans faim». Il y raconte avec brio, humour et panache des potins de restaurants. Car, en 2014, le célèbre festival avait bien lieu. Le coronavirus n’existait pas encore. Sans lui, le jardinier n’aurait peut-être jamais lu cette chronique d’Éric. Peut-être que dans six ans, à la faveur d’un nouveau confinement, un confiné retrouvera dans son appentis le présent Courrier picard que tu tiens entre tes doigts fébriles, lectrices. Et tu te réjouiras d’être cloîtrée chez toi à cause de cette épidémie de peste qui, depuis deux semaines, s’est abattue sur notre bonne vieille France; sans elle, tu ne serais pas en train de lire ces lignes du regretté Philippe Lacoche. PHILIPPE LACOCHE

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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