Confiné au jardin : fan de la soupe aux fanes

    Une excellente soupe aux fanes de navets nouveaux en cours de préparation. Photo : Philippe Lacoche.

    On a beau être un jardinier confiné, on n’en reste pas moins homme. Nous ne sommes pas qu’esprit, intelligence, intuition, raison et savoir. Nous avons aussi une bouche, un nez, une langue, un ventre. Et il nous arrive d’avoir faim. C’est vrai : au fond, on est peu de chose.

    Urticant

    Ce matin-là, notre jardinier confiné descendit dans son potager. Il jeta un rapide coup d’œil, puis laissa traîner un regard las vers cette pelouse trop haute qui attendait la tonte comme la brebis Phildar; ces arbres mal taillés comme des cotes; ces feuilles de radis noirs qui, depuis novembre, refusèrent de grossir et que, par pitié (ou fainéantise?), le confiné avait consenti à ce qu’ils se développassent. Inutiles. Le jardinier, alors, se rapprocha. Au final, elles n’étaient pas si mal ces feuilles de radis noirs. Pas mal du tout même. Il n’était pas loin de 11 heures; une petite faim traînaillait tout au fond de son estomac. Il se baissa, caressa la texture du feuillage légèrement urticant, frais et d’un beau vert chewing-gum Hollywood. «Pourquoi ne pas en faire une soupe?», s’interrogea-t-il. Alors qu’il était sur le point d’en arracher quelques poignées, il s’arrêtait net, se souvenant que son bac à légumes contenait une botte de mignons navets nouveaux achetés chez Biocoop juste avant le confinement. Il les savait équipés de leurs feuilles aussi fraîches que celles des radis noirs. «Commençons par là!», se dit-il. Et il se rua dans sa cuisine. Déposa deux pages du Courrier picard sur la toile cirée, s’empara d’une patate douce, d’un gros oignon rose de Roscoff, d’un pion d’ail, de trois ou quatre minuscules morceaux de piment d’Espelette et des fameuses fanes de navet. Se mit à éplucher. Il plaça le tout dans une casserole caressée d’un feu moyen. Eau, sel camarguais et poivre. Trois-quarts d’heure plus tard, il dégustait une délicieuse soupe à la fois rafraîchissante et revigorante. De quoi devenir fan de la soupe aux fanes. Philippe Lacoche

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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