Confiné au jardin : incinérer ses vieux souvenirs

    L’incinérateur, de belle couleur argent, acheté par le confiné à sa petite fiancée. (Photo : Philippe Lacoche.)

    La petite fiancée du jardinier confiné, Parisienne devenue Amiénoise, et jardinière par la même occasion, avait des ronces à détruire; elle ne savait quoi en faire. C’est dur, une ronce, aussi dur que le cœur d’un patron néolibéral, et ça pique autant que l’aura d’une rousse sensuelle au printemps. Jamais à court d’idées, le confiné lui dit tout de go : «Tu devrais t’acheter un incinérateur! Rien ne lui résiste. C’est le Rudolph Valentino du jardin!» Abscons dans sa formulation, la petite fiancée le fit répéter. «Oui, un incinérateur brûlerait notamment tes foutues ronces.» Il faut parler simple et vrai, aux filles, voire de manière un peu brutale. Nous n’irons pas jusqu’à dire qu’elles aiment ça, afin de ne pas nous attirer les foudres et les griffes des ligues féministes intégristes, mais quand même un peu. En tout cas, cette fois, contrairement à la version métaphorique, elle comprit.

    Robert Mallet

    Robert Mallet avait conseillé au confiné (qui possédait alors une fermette à Cerisy-Buleux) de planter un cerisier et un bouleau dans son jardin. Ce qu’il fit. Souvent, le confiné se demande si ces deux beaux arbres existent encore. Habitants de Cesiry-Buleux, si vous avez des informations en ce sens, écrivez-moi au journal. Je transmettrai au confiné.

    «Et on achète ça où?» demanda-t-elle de son air juvénile qui lui va si bien. «Gamm Vert, Truffaut… sais pas… Ou tu veux…» Une légère moue, suivi d’un sourire ouvert laissent entrevoir ses adorables dents du bonheur. «Mais enfin, je suis confinée. Tu ne veux pas y aller?» Le jardinier ne peut rien refuser à une dame, ancienne danseuse au corps de lolita. «Bon, OK!», fit-il. Elle lui sauta au cou. En ces instants précieux et délicieux, le jardinier confiné ressent l’impression d’être le Rudolph Valentino du faubourg de Hem. Deux jours plus tard, il lui apporte l’objet, superbe dans sa robe étincelante et argentée. Une belle bête. Les ronces n’auront plus qu’à bien se tenir. En le portant dans ses bras comme un gros nouveau-né, le confiné se souvint qu’en des temps immémoriaux, c’est-à-dire dans une autre vie, alors qu’il possédait une fermette dans le Vimeu, il détenait, lui aussi, un incinérateur. Il y brûlait branches rebelles, végétation impropre au compost, et, ronces, of course. Lui revint aux narines la bonne odeur de fumée âcre, verte et fraîche. Il contemplait alors le cerisier et le bouleau que lui avait conseillé de planter un ami cher, écrivain de renom et humaniste : Robert Mallet. Normal : le village se nommait Cerisy-Buleux.

    PHILIPPE LACOCHE

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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