Confiné au jardin : meurtre au faubourg de Hem

     

    La jeune victime de cet horrible crime perpétré dans un jardin du faubourg de Hem, à Amiens, quartier réputé très tranquille. Cinq chats, déjà connus des services de police, seraient en garde à vue. (Photos : Philippe Lacoche.)

    Alors qu’il s’apprêtait à arroser son potager, un soir, le jardinier confiné vit son attention attirée par une petite boule de poils qui gisait au pied d’un rosier. Il reposa le Verdâtre, couleur Wehrmacht, se pencha. Il s’agissait d’une souris grise. Elle bien trop petite pour qu’il écoutât les battements de son cœur, ou lui prît le pouls, ou tentât de recueillir l’ombre d’un souffle infime. Non, tel un médecin légiste expérimenté, d’une pensée lourde et lasse, il constata en son for intérieur: «Elle est morte.»

    Une ultime prière au Dieu des Rongeurs?

    Il ne fallait pas être grand clerc pour parvenir à cette constatation: sa paupière était basse; ses yeux, éteints; ses toutes petites pattes s’étaient rejointes comme si elle eut voulu s’adonner à une ultime prière au Dieu des Rongeurs. Et surtout, surtout, son pelage gris-roux semblait lacéré et humide comme si elle sortait d’une baignade. Ou si un chat l’avait tenue dans sa gueule. Plusieurs pensées se bousculèrent dans la grosse tête du Confiné. Il repensa à Scully, son regretté hamster russe, décédé quatre mois plus tôt, et enterré à un mètre à peine de la scène du crime. «Pauvre petite Scully! Si rigolote!», pensa-t-il en contemplant sa tombe infime, constituée d’un carreau de faïence blanche. Son regard se posa à nouveau sur la victime. Il pensa à son chat Bébert, chasseur devant l’Éternel, le protégé de Lou-Mary, son ex-pacsée, qui l’emporta dans sa nouvelle maison axonaise après leur séparation. «Ce fumier de Bébert eût bien été capable de perpétrer un tel crime», supputa le Confiné. «Ou alors, un de ses copains de bistrots (N.D.A.: Bébert s’adonnait à l’alcool; il se sauvait souvent et allait boire des Ricards au café chez Antonio, avenue Louis-Blanc) restés à Amiens…» Confiné se dit que c’était du gâchis: une si mignonne petite bestiole. Une fraction de seconde, il en voulut à tous les félins de la terre. Mais son amour des chats reprit le dessus; il pardonna, impuissant devant le drame. Et il reprit son arrosoir, de verdâtre couleur Wehrmacht, et s’en alla arroser son potager.

    PHILIPPE LACOCHE

    Le chat Bébert, lorsqu’il résidait encore faubourg de Hem, à Amiens. Dipsomane, il avait pour habitude d’aller boire des Ricards au café Chez Antonio, situé avenue Louis-Blanc, à Amiens. Selon le procureur de la République, il n’aurait rien à voir dans la présente sordide affaire.
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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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