Confiné au jardin : ô rage, ô radis noir…

    Un désastre : mes radis noirs d’une taille ridicule! La honte! Photo : Philippe Lacoche.

    Le jardinier confiné adore le radis noir, même s’il a mauvaise réputation. Ce légume turgescent et viril, noir comme une tanche, doté de radicelles qui ressemblent aux barbillons du barbeau, serait synonyme de mauvaise digestion et son goût, serait, pour les âmes sensibles, trop prononcé. En gros, pour faire simple: il pique très fort et provoque de l’aérophagie ce qui n’est pas très glamour. Qu’importe: le jardinier confiné l’a toujours aimé.

    Graisse de vache

    Cela ne remonte pas à l’enfance, non. Son père, adepte des petits radis roses traditionnels, ne s’adonnait pas à la culture du gros black. Le confiné se souvient tout à fait quand il fit sa connaissance. C’était au milieu des années 1980; il œuvrait alors à la rédaction locale de L’Aisne nouvelle. Son chef de service, le sympathique Daniel Hutier, l’avait invité, à déjeuner à la brasserie L’Univers, à Saint-Quentin. Figurait à l’entrée, un plat constitué de radis noirs râpés. Le confiné essaya. Et ce fut le coup de foudre. Depuis, il ne se passe pas une semaine sans qu’il n’en consomme. Il en raffole. En mai dernier, il s’est mis dans l’idée d’en semer dans son potager. Ils ont levé; le feuillage a grandi. Il était tout heureux, le confiné. Il se disait : «Sous peu, je vais me régaler.» Il imaginait déjà son croûton de vieux pain dur (le confiné, être étrange, apprécie le pain dur) sur lequel il étalerait une bonne couche de graisse de vache, c’est-à-dire du beurre en langage de confiné (qui, il faut le reconnaître, parle d’une façon bizarre). Sur la couche de graisse, une pincée de fleur de sel cueillie à Aigues-Mortes (où il a séjourné, il y a peu, à la faveur de courtes vacances effectuées avec sa petite fiancée). Il en salivait déjà. Les semaines passaient. Puis les mois. Les fichus radis grandissaient du feuillage mais point de la racine. Il y a quelques jours, il les a cueillis. La photographie ici présente témoigne du désastre. Ses radis noirs étaient d’une taille ridicule. Il en avait presque honte. Il pensait à son père qui, de là-haut, devait bien rigoler.

    PHILIPPE LACOCHE

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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