Confiné au jardin : petite pensée pour petite âme

    «Petite bête, petite tombe», se disait, rêveur, le jardinier confiné. Il écarta doucement, l’envahissante végétation, caressa le carreau de céramique blanche. «Petite bête, petite tombe», répéta-t-il, cette fois, à haute voix. Scully était, c’est vrai, une toute petite bestiole; toute petite, toute mignonne, presque aussi mignonne de Gillian Anderson, en tout cas tout autant féminine. Ce minuscule hamster russe avait appartenu au fils du jardinier confiné qui avait fini par en hériter.

    De la HLM au palais princier

    Au début, le confiné n’y prêtait guère attention, trop habitué aux chats. Il se contentait de nourrir la miss, de lui donner à boire. Ce fut la petite fiancée du jardinier qui attira, sur l’encagée, toute son attention. D’emblée, elles se reconnurent, se plurent et s’entendirent à merveille. C’est étrange, les bestioles! Ça sent des choses; ça possède un feeling. Entre la petite fiancée et Scully, le courant passa immédiatement. Était-ce le fait qu’elles fussent toutes deux des filles? On est en droit de le penser, même si l’époque – cette grande inderdiseuse, cette grande emmerdeuse, si vous préférez – n’autorise plus beaucoup ce genre de considération… sur le genre. En tout cas, elles s’apprécièrent d’emblée. Lorsqu’elle entendait sa voix, la boule de poil russe se précipitait contre les barreaux de sa cage; on eût dit qu’elle réclamait une caresse. Caresse que la fiancée du jardinier se faisait un plaisir de prodiguer. Elle exigea du jardinier qu’il lui achetât une cage plus vaste qu’elle aménagea de nombreux accessoires (balançoire, mini-salle de bains recouverte de sable fin, tunnels divers et variés car le hamster russe est fouisseur, etc.) Scully passa bientôt d’un modeste deux pièces HLM à un véritable palais princier. Grâce à la petite fiancée, elle était devenue, c’est vrai, une petite princesse. Mais l’existence du hamster russe est brève. Ce fut dans sa mini-salle de bains qu’ils la retrouvèrent un matin. Inanimée sur le sable fin. Le confiné caressa encore le carreau blanc et si dit que Scully avait eu une brève mais belle existence, si loin des steppes du Kazakhstan.

    Petite bestiole, petite tombe…

    PHILIPPE LACOCHE

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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