Jamais, lectrice, tu ne dénonceras ton port d’attache

       

    Jacques Frantz (à gauche) et Cyril Le Boiteux, à la terrasse du Café Chez Pierre, à Amiens.

    J’avais rendez-vous avec mon ami Jacques Frantz, au Café, chez Pierre, à Amiens, à 12h30. Je le retrouve, en compagnie d’un copain, attablé à la terrasse. Il fait gris, gris souris, un temps incertain de printemps à la gueule de musaraigne qui sort du trou de l’hiver, pointe son nez, et ne pense plus qu’à y retourner, dans son trou. Cette longue phrase, pas très utile, pour te dire, lectrice, ma fée fessue, que ce début de printemps, froid et humide, est pourri. Qu’importe, Jacques et son ami, Cyril Le Boiteux, un conseiller qui accompagne les représentants des salariés (le nom de sa société est Syndex, en dessous duquel surgit un sous-titre qui fait chaud au cœur en ces époques d’ultralibéralisme et de macronisme navrant: «L’expertise engagée»), par ailleurs comédien, notamment dans la Compagnie du Tourtour-Claudine Gabay, expulsent la fumée grise de leurs cigares dans l’air humide couleur de vieil étain. Retrouvailles fraternelles. Il y avait quelques mois que je n’avais pas vu Jacques. Son accent alsacien me manquait; son esprit libre et libertaire aussi. Me manquaient également nos longues conversations philosophiques, politiques, littéraires et, of course, rock’n’rolliennes. Jacques est l’un de mes plus vieux amis. Grâce à lui (avec la complicité de mes confrères Maurice Lubatti et Serge Donneux), un jour de mai 1983, je fus embauché comme reporter à l’agence de Beauvais du Courrier picard. Je ne l’oublierai jamais. Jacques était déjà journaliste à l’agence de Compiègne de notre journal bien aimé quand nous nous retrouvions dans les concerts et festivals rock de la région. Au Courrier, il animait la rubrique Fréquence Frantz dans laquelle il contait avec une plume de Hussard (entre celle de Philippe Manœuvre et celle de Léon Bloy!) les faits et gestes des groupes de rock. J’officiais, moi, comme localier à l’agence de Saint-Quentin de L’Aisne Nouvelle, y tenant, en plus, la rubrique Rock Aisne Roll. Un jour, il m’apprit qu’un poste de reporter se libérait à l’agence de Beauvais. Il fit le nécessaire pour que ce poste m’échût. S’il est des gens qui ont le sens de l’autre et de l’entraide, Jacques est bien de ceux-là. Chez Pierre, il reposa son cigare, sortit un sachet, me le tendit. «Cadeau!», fit-il. Je l’ouvris. Bonheur immense: Bourlinguer, en première édition chez Denoël, premier tirage. Une merveille qu’il a dégotée à la librairie Le Chapitre, tenue par Thierry, bouquiniste au 20 de la rue des Cordeliers, à Compiègne. Bourlinguer, le meilleur livre de Cendrars, avec La Main coupée. Je fondais. Il me fallait quelques solides nourritures et boissons toniques pour me remettre de cette belle émotion. Nous fonçâmes à la Brasserie de l’Horloge, rue des Sergents. Au cours des agapes, Cyril avec qui j’avais fortement sympathisé, m’avoua, pudique, qu’il faisait actuellement partie de distribution de La Mouette, d’Anton Tchekhov, que la Compagnie du Tourtour-Claudine Gabay, jouait au Théâtre de l’Ile-Saint-Louis-Paul Rey, 39, quai d’Anjou, à Paris. La dernière sera donnée, en ce dimanche 1er avril, à 15 heures. Tu sais ce qu’il te reste à faire, lectrice désirée, possédée, comblée qui, jamais, ne dénoncera ton port d’attache: mon prône dominical, j’ai nommé Les Dessous chics.

    Dimanche 1er avril 2018.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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