Pour chasser ses préjugés de vieux bobo écolo

     

    Thierry Delefosse, chasseur et écrivain talentueux.

     La chasse a mauvaise presse. Souvent à tort. Le dernier excellent ouvrage de Thierry Delefosse, écrit avec sensibilité et poésie, le prouve.

     Ah! La chasse! On savait que ce loisir faisait beaucoup de bruit. On sait depuis quelques décennies, sous la pression des lobbyings divers, du politiquement correct, de la trouille bleue de la mort, qu’il fait encore plus de bruit dans notre République. Pourtant, c’est bien cette dernière qui, dès 1789, n’a cessé de le démocratiser et de faire en sorte qu’il pût être pratiqué non plus seulement par les aristos. Mais par les roturiers et prolos de tout bord. On peut comprendre qu’il faille combattre les viandards, beaufs avinés qui, sous l’effet de l’anis, abattent, maladroits, camarades, femmes, filles, fils, mères, gardes-chasse, chiens. Tout sauf le pauvre faisan lâché et convoité. Mais, heureusement, ils ne constituent pas la majorité des chasseurs qui, faut-il le rappeler, sont des gens responsables, qui s’adonnent, dans le cadre des lois républicaines, à leur passion. De grands écrivains ne cessaient de le rappeler. Il faut lire les pages magnifiques dévolues à cette activité par notre regretté camarade Jean-Jacques Brochier; celles précises, émouvantes et poétiques du Roger Vailland des Mauvais coups; celles, sublimes, de délicieux Dumas.

    Thierry Delefosse, journaliste cynégétique depuis 25 ans, rédacteur en chef du magasine Nos chasses de migrateurs, est de ceux là. S’il tire plus vite que son ombre, il lit aussi plus vite que celle-ci : “N’ayant jamais eu de télé à la maison, je suis effectivement un grand lecteur. J’aime beaucoup Maupassant, Giono, Moinot mais aussi Simenon. J’ai lu tous les Maigret!” annonce-t-il, si éloigné ces chasseurs de gallinettes cendrées. Le livre qu’il vient de sortir, La chasse au cœur, en est la preuve. C’est un bel ouvrage très écrit, très littéraire, tissé d’atmosphères, d’ambiances, qu’il nous donne à lire. “L’idée initiale était de raconter tous les petits coups de chasse que j’ai pu faire en France au cours des mes voyages, et quelques aventures à l’étranger, au gibier d’eau“, confie-t-il. “Au fil de la rédaction, elle s’est enrichie de choses très personnelles sur ma façon de vivre la chasse, ma famille, mes amis, les chiens…” Et quand on l’interroge sur les raisons de la mauvaise réputation de la chasse, il répond tout de go : “Cela vient d’abord de l’exode rural. On ne vit pas de la même façon qu’à la campagne : on ne tue pas le poulet, on l’achète sous cellophane. Ensuite, l’humanisation des animaux, le syndrome Walt Disney, l’anthropomorphisme… Enfin nos sociétés refusent l’idée de la mort, la repoussent et même l’ignorent. Réécoutez Brassens : mais où sont les funérailles d’antan?” Et quand on lui demande pourquoi la pêche, elle, est bien mieux acceptée : “Les cannes à pêche ne font pas de bruit et les poissons ne saignent pas.

    La chasse au cœur, livre doux et paisible, lui non plus de fait pas de bruit. Pourtant, il est beau car écrit avec style et sincérité par un authentique écrivain. “Je fréquente depuis l’âge de 6 ans – j’en ai 52 – un bois dans la région de Conty. C’est un bonheur : j’ai vu des chênes grandir et ils me verront mourir.” On dirait du Vailland.

    Philippe Lacoche (*)

    La chasse au cœur, Thierry Delefosse, Versicolor Editions (45, rue Maurice-Berteaux, 78600 Le Mesnil-le-Roi; ed@versicolor.fr), 251 pages, 25 euros.

     

    (*) Derniers livres : Des Rires qui s’éteignent (éd. Ecriture) et Le dernier hiver de Victorine (éd. La Licorne).

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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