S’étreindre, s’éteindre

     Beaux comme des dieux ! Sur la couverture, le trio de Barbet Schroeder dans More (Klaus Grünberg entre Louise Wink et Mimsy Farmer) dit l’époque (fin des années soixante), le tapage des sentiments et, dans le regard perdu de la blonde, le doute déjà et « tout ceci vaut-il d’être vécu ? » On ne voit pas « les jambes interminables » mais on les devine sous le bout de drap blanc. L’une s’abandonne encore au rêve, l’autre fume. Toute une époque…

    Le romancier parcourt inlassablement les mêmes territoires de la mémoire (celle qui ment vrai) – l’adolescence dans une petite ville de l’Aisne, la cité des cheminots, la musique anglo-saxonne, les premières amours. Mais les deux héroïnes, Clara et Katia, vont ici au bout de l’ivresse physique, les baisers sont appuyés, les corps offerts, parfois à tous vents, alcool et tabac à portée de main. La pilule vient de révolutionner les relations sexuelles.

    Le narrateur, lui, ne sait pas très bien ce qui lui arrive. Il s’en tient aux sentiments même s’ils peuvent être ambivalents, il tient encore de l’Antoine (!) Doinel de Truffaut dans Baisers volés (sortis en 68). Amoureux éperdu de Clara, il accepte de n’être pas le seul puis, avec Katia, découvre la légèreté d’une amitié amoureuse et charnelle. Je connais Antoine. J’ai été Antoine. Nous l’étions tous, ou presque, cette décennie-là. J’ai même écrit quelque part que j’étais « ce que je fus de meilleur ».

    Les copains, les bistrots, les fêtes, le tabac et autres fumettes, « le beau dérèglement des sens » qui ouvrit notre génération à la vie. On sent le poids des nostalgies.

    Mais Lacoche va plus loin. Son habituelle petite pluie automnale devient glaciale et torrentielle, elle nous trempe jusqu’aux os : Clara est morte du sida et Katia dans un accident de voiture. Et le jeune homme de la photo à l’insolente beauté, comme nous le faisons tous, erre jusqu’à la nuit dans les rues de sa jeunesse. Le cœur a peu vieilli et il s’emballerait comme à vingt ans si Clara débouchait au coin de la rue… Et l’on se demande : « A-t-on jamais rien fait d’autre qu’attendre qu’elle
    revienne ?…
    »

    ROGER WALLET

    * Des Rires qui s’éteignent, Philippe Lacoche, éditions Ecriture, 15,95 euros.

     

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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