Délicieux, tout simplement…

    Éric Neuhoff nous donne à lire son premier recueil de nouvelles. Un vrai régal.

    Eric Neuhoff est journaliste au Figaro et au Masque et la Plume.

    Est-ce le fait que ses romans soient si délicieux qu’ils nous paraissent toujours trop courts (même quand ils ne le sont pas), qu’on peine à croire que Les Polaroïdsest le premier recueil de nouvelles d’Éric Neuhoff? En revanche, nous, au Courrier picard, on sait qu’il s’est déjà adonné au genre: en 2011, à la faveur de nos séries d’été, il nous donna une très belle nouvelle, «Faire-part» contenue dans le présent opus. Les seize autres, écrites entre 1979 et 2017, ont été publiées dans Subjectif, L’Infini, Rive droite, la Revue des Deux Mondes, Lui, Le Figaro littéraire, Le Figaro, Les Escales littéraires, Sofitel, Aéroports de Paris Lifestyle, Décapage et Madame Figaro.

    «Nous, lecteurs fidèles et attendris, jamais nous ne sommes dupes; toutefois, on se laisse faire, on s’abandonne.»

    Comme l’explique l’éditeur en quatrième de couverture «chez Éric Neuhoff, la vie ressemble à une dolce vita permanente: hôtels, plages gins pamplemousse dégustés les pieds dans le sable. Mais la mélancolie et l’ironie ne sont jamais loin.» Ce sont ces derniers mots, mélancolie et ironie, qui sont les plus importants. Ce sont eux qui portent l’œuvre et qui sous-tendent, ici, ces nouvelles. Un peu comme chez Kléber Haedens qu’il cite trois fois dans le livre. On est en droit de ne pas lui donner tort.

    Pudeur et élégance

    Les hôtels, le gin et le sable chez Neuhoff, ne sont rien d’autre que le rugby, les œillets de sable d’Oléron et le tennis chez Haedens: des parasols qui ne servent qu’à stopper les rayons trop puissants des émotions, des regrets acidulés et du temps qui fuit. Éric, comme Kléber, a trop de pudeur et d’élégance pour larmoyer; alors, tous deux tentent de nous faire croire que la vie n’est qu’une fête. Nous, lecteurs fidèles et attendris, jamais nous ne sommes dupes; toutefois, on se laisse faire, on s’abandonne. C’est si bon.

    Dans «Ivre à Madère», Éric Neuhoff nous raconte son séjour sur l’île portugaise en compagnie de son ami Denis Tillinac. C’était, à n’en point douter, l’époque, où ils buvaient des coupes de champagne au Rouquet et qu’ils se demandaient s’il était préférable d’être Stones ou Beatles. À Madère, il s’ennuie tellement qu’ils décident de tenir leur journal. Et finissent par envoyer une carte postale à Michel Déon. Dans «L’invité des Kennedy», il raconte – ou imagine? – dans quelles conditions Jackie et Jack convièrent l’écrivain J.D. Salinger à passer une journée à leurs côtés. Et dans les autres nouvelles, on croise Jean Seberg, Valérie Lagrange, Nathalie Delon et Patrick Dewaere, de très jolies filles pas toujours très sages et des adolescents qui portent des pantalons à pattes d’éléphants. À chaque fois, le style Neuhoff fait mouche. On se laisse prendre; on accroche. Du Morand sans le cœur sec. Délicieux, tout simplement.

    PHILIPPE LACOCHE

    Les Polaroïds, Eric Neuhoff ; éd. du Rocher ; 173 p. ; 16 €.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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