Baguenauder à Paris quand la lumière grisonne

     

    Vincent Peillon, à la terrasse de la brasserie La Ville de Provins, près de la Gare de l'Est, à Paris.
    Vincent Peillon, à la terrasse de la brasserie La Ville de Provins, près de la Gare de l’Est, à Paris.

    Quel plaisir de retrouver Paris! Là-bas, tout m’intéresse. Je ne cesse de lever le nez. L’architecture. Là une plaque historique; là un nom de rue qui me rappelle qu’un écrivain à mon goût est passé sur ce trottoir ou a résidé dans cet immeuble. Il faisait beau; je levais le nez comme un enfant. Étrange sentiment de légèreté stendhalienne. Baguenauder, ne rien faire. Juste de promener, humer l’air du temps; celle de cette ville sublime, coeur de ce pays – le mien – qui ne cesse de me fasciner, et que j’aime d’une passion quasi amoureuse. Et laisser libre cours à ses pensées. Je me revoyais arrivant à Paris, en 1977, rue d’Antin, chez Best, pour y commencer ma carrière de journaliste dans la presse rock. Cette manière d’ivresse due à la bière du café Le Port-Mahon, certes, due aussi à la fièvre punk qui sévissait à ce moment-là et qui me réjouissait (ah, ces concerts des Clash, des Heartbreakers, de Graham Parker, de Téléphone, de Trust, etc.). Mais due, surtout au bonheur indicible de me retrouver là, en mai 1977, dans la lumière poudreuse de ce printemps de toutes les promesses en cette ville que, déjà, j’adorais. Aimer Paris, c’est banal, je sais lectrice vénérée, adorée, convoitée. Mais te le dire de cette façon ne l’est pas; c’est un peu de la vigueur de ma jeunesse que je te livre ici, moi qui n’en ai plus beaucoup (de jeunesse, of course; de la vigueur, il m’en reste un peu). Je revois encore le visage doux, rose et poupin de cette petite esthéticienne, une Ternoise, que je retrouvais dans l’appartement d’un batteur-ami, rue des Gobelins. La posséder à Paris avait bien plus de saveur que de la câliner dans ma 4 L bleu ciel dans le chemin coincé entre les lignes de chemin fer Paris-Laon et Paris-Bruxelles, à Tergnier. On est bête quand on a vingt ans. Tergnier, justement, me sauta au visage lorsque je tombais sur la plaque apposé à la mairie du XXe arrondissement et qui rend hommage au père Joseph Wresinski, fondateur du Mouvement des droits de l’homme ATD Quart-Monde, initiateur de la lutte contre l’illettrisme, curé dans les paroisses ouvrières, dont celle de Tergnier, dans les années cinquante. Avant cela, à la terrasse de la brasserie La Ville de Provins, j’avais interviewé Vincent Peillon, député européen, ancien ministre de l’Éducation. (Il vient de sortir un excellent thriller, Aurora, aux éditions Stock, dont l’ami Daniel Muraz vous dit ce qu’il en pense dans les pages livres de ce même journal.) Nous nous sommes connus lorsqu’il était député du Vimeu. Des connivences littéraires nous rapprochèrent, et nous étions heureux de nous retrouver pour évoquer nos souvenirs de la côte picarde. Et la littérature, bien sûr. Paris n’est rien d’autre: de la littérature, de l’Histoire, des souvenirs. Tout ce qui continue à nous faire tenir debout quand la lumière, avant si poudreuse, grisonne comme nos cheveux.

    Dimanche 12 juin 2016

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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