Beaupain et Gallienne : tendres chantres de la tolérance

     

    Alex Beaupain, auteur-compositeur-interprète, Breteuil, Oise. Novembre 2013.

    Breteuil n’est pas si loin. Il fallait se décider vite. Nous y fonçâmes, par une nuit humide. C’était nécessaire. Alex Beaupain y donnait un concert dans le cadre du Picardie Mouv. À peine arrivé, le chanteur qui évolue sur scène attire mon attention. Bon Dieu, mais c’est bien sûr… Tichot! Que fait-il là, l’animal? Un nouveau projet. Un de plus. La dernière fois que je croisais cet amusant et sympathique Ternois, c’était au village du livre de Merlieux. Il soufflait dans un soubassophone, énorme instrument. Nous rîmes de concert. Pas de moqueries, non; une sorte de connivence de terroir. Nous étions dans l’Aisne. Il devait se rappeler les parties de rigolades à la Maison des jeunes de Tergnier. C’est si loin tout ça… À Breteuil, il est sur scène sous le nom de Bipolar Box, un groupe qu’il a monté en mai dernier. À peine a-t-il terminé, que je vais le saluer. On rigole encore. On aime bien rire, Tichot et moi. Je fonce dans les coulisses. Alex Beaupain est devant moi.Une grande table, sous une lumière crue. Nous parlons de sa carrière, de ses chansons. Comment ne pas nous entendre? Son père était cheminot; l’un de ses grands-pères à la CGT. Et il a écrit la plus belle chanson sur les déçus du 10mai1981 («Au départ»). Il développe une chanson mélancolique, nostalgique, terriblement littéraire et bien écrite, dans la veine de celles de Vincent Delerm et d’Albin de la Simone. Sur scène, il malmène ses musiciens et sa violoncelliste avec une tendresse vive et une rare intelligence. Ses mots sonnent juste; ses mélodies sont belles à pleurer. Émotions à fleur de peau encore avec le film, génial, Les Garçons et Guillaume, à table! de Guillaume Gallienne, vu au Gaumont d’Amiens. Ce film, d’une rare intelligence dans son propos, dans son humour, dans sa construction, m’a transporté. Tous les petits machos forts en gueule et en muscles devraient le voir.Pas pour la leçon, non; Gallienne n’en donne pas.Il constate; il informe. Il fait vibrer avec dignité, décrit, jamais larmoyant, la souffrance d’un garçon différent à qui une éducation étrange a fait croire qu’il était une fille. Ce film est touchant, drôle, épatant. C’est un hymne à la tolérance, doux, adorable. Comme le sont les chansons d’Alex Beaupain.

    Dimanche 1er décembre 2013

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Sale temps pour l’amour

            Ce n’est pas parce que l’amour était le thème du 33e ...

    Merci qui ? Merci Creil !

    Le salon du livre de Creil a toujours été pour moi un rendez-vous émouvant ...

    Le chapeau et les péripatéticiennes comme lien social

      Mercredi 7 décembre.14h32. Je marche d’un pas las, lent, lamentable, rue de la ...

    « Tom Traubert’s Blues », poignant chef-d’oeuvre de Tom Waits

    Il pleuvait. Ou il ne pleuvait pas. Je ne sais plus. Disons qu’il pleuvait ...

    Cette chronique n’est pas objective

    La jolie réalisatrice Rebecca Zlotowski est venue présenter son film, Grand central, il y ...