Cette chronique n’est pas objective

    La jolie Rebecca Zlotowski, réalisatrice du film Grand central. Elle parle bien. La langue est impeccable. Son discours convaincant.

    La jolie réalisatrice Rebecca Zlotowski est venue présenter son film, Grand central, il y a peu, au cinéma Saint-Leu, à Amiens. C’est certainement un très bon film, mais je ne suis pas «rentré dedans». Je suis passé à côté. Il ne m’a pas ému. Pourtant, l’histoire de Gary, embauché dans une centrale nucléaire comme intérimaire, est convaincante. On y découvre la condition du sous-prolétariat d’une société privée qui sous-traite. Un boulot dangereux. Exposés aux radiations, les types risquent leur vie; ils y laissent leur santé. Même si Rebecca Zlotowski se défend avec brio et vivacité d’avoir voulu délivrer un message politique, son analyse n’est autre que marxiste. Alors, pourquoi, suis-je resté sur ma faim? L’histoire d’amour m’a paru décevante. On n’y croit qu’à moitié. C’est dommage. Mais au fond, tu sais lectrice, la vraie raison vient peut-être du fait qu’il y a trop de gens jeunes et beaux mecs dans ce film. Tahar Rahim, qui joue Gary, crève l’écran avec son regard à la douceur charbonneuse; c’est presque indécent. Quand on devient vieux comme moi, après 55 ans, on ne devrait plus voir que des films avec de vieux acteurs. Des vieux décatis qui me ressemblent, à moitié chauves, essoufflés, à moitié pauvres. Ça éviterait les jalousies, les mesquineries basses de salaud de journaliste. C’est certainement pour ça que j’ai adoré le belge Olivier Gourmet (Gilles), magistral dans le rôle de cadre désabusé. Une gueule pas possible. Cabossée. Perdue pour le bonheur. Et la gueule de Denis Ménochet (Toni), pas tout à fait vieux, mais plus tout jeune non plus. Supportable. Il m’a fait penser à Zézette, un copain de Tergnier, employé SNCF, batteur de notre groupe de rock en 1978.Comment ne pas l’aimer? Rebecca Zlotowski a merveilleusement bien parlé de son film. Ce n’était pourtant pas facile. Dans la salle, beaucoup de bobos écolos qui voulaient lui faire dire du mal du nucléaire, ce qu’elle ne voulait pas. Car là n’était pas le propos. Elle parle bien, Rebecca. La langue est impeccable. Son discours convaincant. Elle a raison de dire que ses sous-prolétaires sont des héros. Ils le sont effectivement. Alors que je me contorsionnais sur un fauteuil pour la photographier, elle m’a fait un clin d’œil. Je n’ai pas compris pourquoi mais ça m’a fait plaisir.

    Dimanche 15 septembre 2013

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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    • luce

      C’est une midinette bourgeoise qui selon moi s’est décrédibilisée en parlant plutôt qu’autre chose. Non, dans un film on n’est pas tous et toutes obsédé-e-s par le fait que deux personnages s’embrassent en voulant les revoir le plus vite possible le refaire et autre , il y a des gens plus intéressés par les concepts, les idées, la trame politique d’un récit ; c’est comme ça que je croyais voir Grand central, pour finalement réaliser rapidement avant le film, et progressivement pendant le film où c’était encore plus grossier, qu’il s’agit d’un mélange grossier, caricatural, et absurde entre les conditions de vie dans une centrale nucléaire, et ce qu’elle appelle une histoire d’amour, non plutôt une “passion” (soyons précis sur les termes, ce n’est pas la même chose), et qui n’est que le symptôme d’une trouille bleue de tous ces personnages pris dans le filet du nucléaire, ce filet n’étant exploité que pour soutenir cette thèse : “l’amour c’est comme la dose”. Les passages dans la centrale étant reliés directement à l’histoire “d’amour” ou plutôt l’intérêt furtif d’une fillette pour un gamin en proie à la fascination pour le danger, notamment parce que la fille est fiancée, reliés donc encore une fois grossièrement : plus il fait un pas avec elle, plus tout d’un coup l’alarme de la centrale sonne, mais où va-t-on ?!! Film où la fin constitue ce sur quoi le film aurait du débuter, la réalisation que la femme a peur, mais de quoi, on ne sait pas, dire “d’aimer” c’est trop caricatural, cependant ça semble être le seul propos, et que l’homme ne veut pas rester dans cette centrale, car la vie est ailleurs. Oui, parler de la nocivité des centrales est important, merci à ceux qui sont intervenus pour parler de cela lors du débat, c’était tellement beau de constater à quel point la réalisatrice ne connaissait rien aux conditions de ces ouvriers, que ce n’était pas son propos en effet, qu’elle a une vision des sentiments bien dépassée et ras les paques, ce qui d’ailleurs en disant que les ouvriers des centrales sont des héros, laisse rêveur sur sa vision de l’engagement en général, qui demande obligatoirement un tel sacrifice juste pour être mit sur un pied-d’estal ?! … il s’agit de vie humaines, pas du conte des milles et une nuits. Cordialement.

      • luce

        et pardon pour le midinette bourgeoise, c’est un peu fort mais ça donne le ton selon moi. Bon courage à elle pour la suite, moi je suis déçue. Cordialement.

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