Comme un léger sentiment de honte

    Il en va du métier de journaliste comme celui d’homme. Ou d’écrivain. Il réserve souvent des surprises, bonnes ou mauvaises. Celle-là était-elle bonne ou mauvaise? Je ne saurais le dire. Et qu’importe. Et étais-je venu à la présentation de la saison 2016-2017 de la Maison de la culture d’Amiens comme journaliste, comme écrivain, ou comme homme. D’abord comme homme, j’en suis certain. La culture, la lecture, le rock’n’roll, les femmes me font tenir debout. Ce n’est pas toujours évident par les temps qui courent; on resterait bien couché à écouter la pluie frapper contre les vitres. Des temps qui courent et qui tuent; retour à la barbarie. On fling

    Gilbert Fillinger répond aux intermittents du spectacles.
    Gilbert Fillinger répond aux intermittents du spectacles.

    ue des homosexuels, des policiers, une députée travailliste fraternelle; on dézingue les acquis sociaux, ceux des luttes de nos pères. Rester coucher, oui, on en a envie parfois. Je m’étais levé ce matin-là. Et le soir, je m’étais rendu, l’âme assez légère, à la Maison de la Culture. Sur scène, une trentaine d’intermittents du spectacle avait investi l’espace afin d’exposer leurs revendications alors que le directeur, Gilbert Fillinger, s’apprêtait à procéder à la présentation de sa belle et riche programmation. Calmes et dignes, les intermittents avaient déployé des banderoles, s’exprimaient au micro, demandaient à Gilbert Fillinger de se positionner. Celui-ci avec autant de calme et de dignité répondait aux manifestants. Rien de méchant, rien de violent. Pourtant, une partie de la foule commença à manifester son mécontentement. Ce mécontentement se transforma en huée, et, pour certains, en insultes. Derrière moi, une dame s’était mise à les traiter des tous les noms. Quand je lui demandais de se calmer, elle me traita de communiste et me demanda si j’étais allé voir ce qui se passait derrière le mur de Berlin à l’époque. (J’eusse pu lui répondre que non, et qu’il s’agissait là d’un de mes plus grands regrets car j’eusse bien été capable d’y rester. Vous imaginez les gros titres: «Dégoûté par le capitalisme, le marquis des Dessous chics passe à l’Est». Mais je m’abstins; elle avait l’air si bornée que ça n’en valait pas la peine; je la laissais vociférer.) C’était triste de voir une partie de ces spectateurs qui se pique de culture hurler contre des intermittents qui, justement, sont les piliers de la culture. Sans eux, point de spectacles. Je me sentais mal. J’avais honte pour eux. Certains se disaient pris en otage. Tu parles; on les avait retardés d’une petite demi-heure de présentation. Ils iraient se coucher un peu plus tard. La belle affaire. Qu’ont-ils pensé, ces vociférants-insultants quand, un peu plus tard, certains artistes venus présenter leurs spectacles, affirmèrent leur soutien aux intermittents? Je pensais à Malraux, à Jean Vilar. D’accord ou pas, jamais ils se seraient mis à brailler devant des gens non violents qui ne demandaient que la parole.

    Dimanche 19 juin 2016

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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