Des larmes coulent des oreilles de pierre

    Isabelle Fruchart et Nicolas Auvray.
    Isabelle Fruchart et Nicolas Auvray.

    Du théâtre avant toute chose. Du théâtre, il en pleut dans ma vie, ces derniers temps. Et Zabou Breitman, la délicieuse Zabou Breitman, dont je t’avais dit le plus grand bien, il y a peu, dans ma dernière chronique que j’avais illustrée de sa photographie, me suit également. Ce n’est pas que ce fût sa volonté, ni qu’elle s’intéressât à mon ingrate et frêle personne, rassure-toi, lectrice, amour, plaisir, objet de mes jeux délétères. Non, c’est plutôt moi qui la suis. Dès que j’ai vu, l’autre jour, qu’elle avait mis en scène la pièce qui se jouait à la Comédie de Picardie, je me suis précipité dans la douillette salle de la rue des Jacobins. Sur scène, l’adorable et si blonde Isabelle Fruchart qui présentait Journal de ma nouvelle oreille, un spectacle émouvant qu’elle a écrit et qu’elle interprète avec élégance, humour et brio, dans une mise en scène, devine de qui, lectrice perspicace et fessue ? Je te le donne en mille : la brune Zabou Breitman.  En fait, c’est sa propre histoire que raconte, Isabelle. Le parcours d’une renaissance et d’un retour à l’audition. Autobiographie ? Bien sûr. C’est aussi pour cela que ce texte et ce spectacle sonnent admirablement bien et fort. « Pendant 23 ans, confrontée au déni et à divers errements thérapeutiques, Isabelle Fruchart a vécu avec un handicap invisible qu’elle a tenté de surmonter par d’immenses efforts », est-il expliqué dans le dossier de presse réalisé par l’équipe efficace et sympathique– on ne le répètera jamais assez : qu’est-ce qu’on est bien accueilli à la Comédie de Picardie – du lieu. En effet, à 14 ans, Isabelle est frappée de surdité ; 70% d’audition en moins à chaque oreille, ce n’est pas rien ! Grâce au numérique (il faut bien que ça serve à quelque chose de bien, cette saloperie de bestiole, et pas seulement à vous coller des sabliers sur vos logiciels de mise en page, ou de vous éjecter quand vous êtes en train d’écrire votre chronique ! Tiens, vlan, dans la gueule, c’est pour toi au passage, maudit système !), elle peut enfin être appareillée ; elle a presque 40 ans. Elle revit. Elle se met à écrire pour raconter cette renaissance. Zabou tombe sur ce texte ; elle trouve ça superbe. Et décide de le mettre en scène. Voilà l’histoire de cette création palpitante, singulière et très réussie. Autre beau moment théâtral : Les Larmes de pierre, de Jeannine Verdier, interprété par son mari, Claude Verdier, et mis en scène par l’excellent Christophe Freytel. C’était à la gare Saint-Roch, à Amiens, par un soir de brume et de froid humide, dignes de Pierre Mac Orlan. On m’avait demandé de parrainer cette manifestation étonnante. Mon sang de fils et de petit-fils de cheminot, n’a fait qu’un tour. Dès qu’il y a des trains, j’embarque dans l’aventure. Je n’ai pas regretté. Le beau texte, piqueté de poèmes et de proses très touchants, de Jeannine Verdier, évoque la guerre de 14-18, son horreur, sa brutalité. Son imbécillité crasse. Et ces salauds de responsables : les capitalistes. Arrêtons d’enseigner à nos enfants que tout serait parti de Serbie (fichons la paix à nos amis Serbes, les plus francophiles de la terre, les plus antinazis aussi). Tout est parti de ces fumiers de capitalistes, et ces grosses fortunes de la construction, de la finance, que ça arrangeait bien que les peuples se fichent sur la tronche. C’est tout cela que racontait, samedi soir, Claude Verdier, alors que les trains « en direction d’Abbeville » fonçaient dans la brume. On imaginait, en août 14, les imminents petits Poilus amiénois rassemblés en ce lieu pour aller se faire trouer la panse à cause de Krupp et consort. Ce n’est pas Macron qui te le dira, tout ça, lectrice. Il aime trop la société ultralibérale, le play-boy de la politique.

    Dimanche 20 novembre 2016.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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