Des youyous pour saluer le spectacle de Yakoub

    Yakoub (à droite) et Denis Fadda, président de la Renaissance française, belle institution.

    La Comédie de Picardie était pleine à craquer ce soir-là, à l’occasion de la «dernière» de l’excellente pièce de Yakoub Abdellatif, intitulée Ma mère dit chut, un doigt sur les lèvres. Il y raconte son enfance, son arrivée avec la communauté harki au château à Poix-de-Picardie, en 1962, après les accords d’Évian. «Les membres de la communauté, environ 250 harkis, sont tous entassés, des dépendances aux écuries», explique l’auteur. «Le récit aborde à travers le regard d’un enfant la cohabitation de deux communautés. Mehdi, jeune garçon de dix ans, partage son amour entre sa mère algérienne et la dame de la Croix-Rouge.» Ce texte, entre la lecture théâtralisée et le spectacle, empreint d’une grande sensibilité et d’humour, a fait mouche; il a séduit l’auditoire composé, en grande partie des membres de la communauté harki d’Amiens. Yakoub, présent sur scène comme lecteur, était accompagné d’une comédienne, l’excellente Caroline Boulo, danseuse à l’origine, et d’une remarquable sitariste iranienne, Kahina Afzim. À l’issue du spectacle, Denis Fadda, président international de l’association La Renaissance française, spécialement venu de Rome, remit à la médaille du rayonnement culturel (haute distinction de l’association) à Yakoub Abdellatif, après que Pierre Mabire, président de la délégation de la Renaissance française pour l’Oise, et Hubert de Jenlis, premier vice-président du Conseil départemental, eurent rappelé, non sans émotion, tout l’attachement du récipiendaire à la France, au théâtre, à l’art en général et la culture. L’émotion, oui, était bien présente dans la salle. Et les youyous passionnés qui s’envolèrent de l’assistance, hirondelles ensoleillées qui rappelaient le pays adulé et perdu, en témoignaient. Cela n’a pas échappé à la Renaissance française, belle institution, qui soulignait dans son communiqué: «Bien que ruiné, Abdallah Abdellatif, père de Yakoub, ancien interprète de l’armée, toujours veilla à l’éducation de ses enfants. «Ce sera votre bouée de sauvetage», leur disait-il. Grâce à son obstination, tous sont aujourd’hui installés dans la société française, dotés de belles professions: avocats, médecins, commerçants. etc.» Tous soulignèrent le caractère entier de Yakoub, caractère entier, qui, tout le monde le sait à Amiens, cache une immense sensibilité et une très grande générosité. Les blessures de l’enfance, celles endurées par toute la communauté harki (qui a tant donné à la France et que, parfois, notre pays a tendance à oublier), ne doivent pas être étrangères à ce fait. Le texte magnifique que nous a proposé l’auteur, vendredi soir, en est la preuve indiscutable. Bravo, cher Yakoub! Ce texte restera dans les mémoires.

                                           Dimanche 11 décembre 2016

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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