Douce arrière-saison à Merlieux

         La Fête du livre du Merlieux, dans l’Aisne, est l’une des plus belles manifestations littéraires de Picardie. Ce village est un petit bijou de vieilles pierres crayeuses, qui, bien souvent, se laissent caresser, telles de vénérables dames, ex-blondes sensuelles, par la douceur tiède d’un soleil d’une splendide arrière-saison. Il faisait doux et tiède, encore, en ce dimanche. La Marquise m’accompagnait. Elle y signait, comme moi, ses livres. Elle ne connaissait pas; elle découvrit, enchantée, secouant de plaisir sa crinière de lionne brune, baguenaudant parmi les bouquinistes, humant ces vieux papiers qu’on voudrait, jamais ô grand jamais, ne voir disparaître, déchiquetés par les dictatures impitoyables des nouvelles technologies. J’ai connu les prémices de la Fête du livre de Merlieux à la fin des années 1980, si mes souvenirs sont bons. (Ils ne le sont plus, je sais, lectrice fessue, jeune et ricanante; «la vieillesse est un naufrage», eussent pu dire Henry de Montherlant et Romain Gary qui trouvèrent, eux, des solutions radicales et non sans panache.) Je me souviens des repas conviviaux et si littéraires en compagnie de Daniel Corcy, le maire de Merlieux de l’époque, créateur de l’événement, de Régine Deforges, rousse, sensuelle et désirable, et de bien d’autres. (Je crois que j’ai été accompagné à Merlieux, par toutes les femmes et filles qui ont compté dans ma vie de marquis. Elles en revinrent, à chaque fois, transformées, la mine réjouie, comme après une première étreinte amoureuse. Mais le bonheur de la littérature et de la lecture n’est-il pas, au fond, rien d’autre qu’un coup de foudre entre un écrivain et une lectrice énamourée?) En passant devant une sculpture métallique qui lui est dédiée, il m’en souvint aussi du romancier Yves Gibeau

    La sculpture en hommage à Yves Gibeau, dans un jardin, à Merlieux.

    que je retrouvais souvent à Merlieux. Il résidait à Roucy, dans l’Aisne (où il est décédé en 1994), pas très loin de là. Je l’ai connu à la fin de sa vie; tout de suite, le courant passa entre nous. Nous nous retrouvâmes ensuite à Laon, à Reims, à Saint-Quentin. Je revois sa belle tête de neige où brillaient deux yeux clairs, manières de petits glaciers. Il parlait des temps anciens, de son passé de chansonnier, de Boris Vian qu’il avait bien connu, de son travail de journaliste à Libération, puis à Combat, de son activité de cruciverbiste. Il me parlait aussi d’Antoine Blondin et leurs dégagements au Vel d’Hiv. Je lui disais tout le plaisir que j’avais éprouvé en lisant son roman Allons z’enfants (Calmann-Lévy, 1952), du prix Populiste qu’il obtint grâce à son livre Les Gros Sous (Calmann-Lévy, 1953), prix que j’obtins quelques années plus tard, autre point de connivence. Et surtout, je ne cessais de le questionner sur son sublime et dernier roman (récit plutôt car totalement autobiographique) Mourir idiot (Calmann-Lévy, 1988). Je buvais des bières pression; il buvait du whisky, en regardant Féline, mon ex-épouse qu’il trouvait fort mignonne. À la faveur d’un reportage au début des années 2000, je me suis rendu sur sa tombe au cimetière de Craonne, haut lieu de bagarres sur le Chemin des Dames. C’est là que cet antimilitariste convaincu avait voulu reposer. En contemplant cette tombe toute simple et herbeuse, j’avais l’impression qu’elle s’éclairait de l’intérieur: les glaciers de ses yeux bleus continuaient d’étinceler.

                                               Dimanche 1er octobre 2017.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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