Ces feuilles qui tombent et ces amis aussi

     

    Ça y est; nous y sommes. L’automne. Ces feuilles qui tombent. Et tous ces amis aussi. Ces amis chers. Ça vous serre le cœur; ça vous émeut. Ça vous prend dès le matin, parfois la nuit. Comme un sentiment de manque. Puis de lassitude, puis de mélancolie. On le lève le matin, le pas lourd. On se rase; on se coupe la couenne car on est maladroit. Il commence à faire froid dans la salle de bains. C’est l’automne; le froid revient vous planter ces sales petits crocs dans les mollets, puis dans les côtes. On s’avance dans la véranda, la tasse de café à la main. On regarde le ciel. Il est bas, au mieux couleur de lait sale; au pire en train de chialer une averse sournoise, glaciale, presque noire. «Putain d’automne!», eût pu jurer l’ami et poète Jean-Claude Pirotte s’il avait encore été en ce bas monde. Tiens, Jean-Claude Pirotte: un soir d’escapade et de grande soif, nous l’avions rencontré, l’ami Jacques Béal et moi, à la brasserie des Trois Maillets, près de la cathédrale, à Amiens. Il était en compagnie de sa compagne, l’écrivain Sylvie Doizelet. Nous avions passé une soirée fraternelle, évoquant Jean-Edern Hallier, Georges Bernanos et André Dhôtel. Jacques, justement, avait eu Dhôtel comme professeur au lycée de Coulommiers, en Seine-et-Marne. Je me souviens qu’ils en parlèrent. Il faisait nuit; nous yeux brillaient comme des étoiles hallucinées par la puissance hallucinogène des narcotiques poétiques et littéraires. De la bière aussi, c’est vrai. Nous nous étions quittés tard, très tard. Nous eussions dû écrire un article; nous ne l’avons pas fait. Pourquoi? Car, égoïstement, nous voulions garder en nous ces pépites rares et précieuses que nous accorde parfois l’existence. La rencontre avec Jean-Claude Pirotte était restée coincée dans nos cœurs comme un coup de foudre, jamais exprimé – volontairement, bien au chaud – dans le ventricule gauche de notre âme. Faut-il tout dire? Tout écrire à chaud? Je ne le pense pas. Jacques et Jean-Claude ont emporté avec eux le discret mystère de cette rencontre nocturne. Pour me remonter le moral, j’ai écouté deux audio-livres (label audiolib) dans mon carrosse Peugeot 206: Berezina, En side-car avec Napoléon, de Sylvain Tesson, (lu par Franck Desmedt), et Coule la Seine, de Fred Vargas (lu par Jacques Frantz), que j’avais reçus en 2015, et que j’avais lâchement abandonnés dans mon taudis à quatre pneus. Quel bonheur! L’écrivain voyageur Tesson refait en side-car avec deux copains l’itinéraire de la retraite de Russie. C’est tout simplement sublime. Écriture élégante, poésie. La vodka coule à flot. On se croirait chez Cendrars, chez Kerouac. Quant à l’auteur (pas l’auteure, sorry Fred!) Vargas, elle nous entraîne dans les pas de son flic Adamsberg qui s’adonne à trois passionnantes enquêtes. Atmosphères à la Simenon. Ces deux audiolivres ont adouci ma mélancolie distillée par ces feuilles qui tombent et ces êtres chers qui nous laissent orphelins.

    Dimanche 5 novembre 2017.

     

    Jacques Béal, écrivain, journaliste. Amiens. Novembre 2012.
    Jean Claude Pirotte.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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