France, mère des arts, des armes et des lois…

    Discrète, Lys souhaita que je la prenne en photo le visage dissimulé par son éventail.
    Discrète, Lys souhaita que je la prenne en photo le visage dissimulé par son éventail.

             Je suis un Français définitif. Cette constatation un tantinet désabusée, c’est Géa, chanteuse, qui la lâche, dans mon prochain roman, Vingt-quatre heures pour convaincre une femme (à paraître le 26 août aux éditions Ecriture ; N.A.M.L.A. : on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, d’où cette autopromotion indéniable) à l’endroit de mon piètre héros et narrateur, Pierre Chaunier, minuscule journaliste de la presse quotidienne régionale. Et même si Pierre Chaunier est bien différent de moi, et si Géa n’a pas grand-chose à voir avec l’une de mes ex-petites amies, je dois reconnaître, lectrice, mon amour, que je suis bien « un Français définitif ». Je ne le regrette même pas ; c’est comme ça. L’Europe m’intéresse de très loin, en tout cas cette saleté d’Europe des marchés, sournoise, psychorigide, ultralibérale, si peu démocratique (elle se contrefiche de l’avis des peuples), allemande ; j’adorais le franc (l’euro, quelle monnaie ridicule tout de même !), les douaniers, passer les frontières pour aller en Belgique, en Suisse, en Espagne ou en Italie. Oui, je suis un Français définitif qui rêve d’une Europe fraternelle, celle, peut-être, qu’on bâtira un jour avec les frères de SYRIZA et de Podemos. En attendant, je pars à la recherche de cette France d’avant comme j’irais à la chasse aux papillons ou cueillir des champignons. Joie infinie, de me retrouver dans la fraîche petite église de Saint-Crépin-aux-Bois, près de Pierrefonds, dans l’Oise, où Fanny Clamagirand, violon (un touché et une attaque exceptionnelles), Etsuko Hirose, piano, et Julie Cherrier, soprano, donnaient un récital d’une très grande qualité, avec des œuvres de Claude Debussy, Toru Takemitsu, Francis Poulenc, César Franck et Eugène Ysaye. C’était délicieux comme le champagne de Trélou-sur-Marne, dans l’Aisne, que nous dégustâmes, Lys et moi, à la buvette. Trélou, c’est là que mon regretté cousin Guy, celui que je surnomme Simon dans Le Pêcheur de nuages, s’était marié, en mai 1977 (j’étais jeune stagiaire chez Best). C’est là que Gérard Rondeau, photographe, frère de l’écrivain-diplomate Daniel Rondeau, possède une jolie maison qui regarde les eaux céladon de la Marne, lente et majestueuse comme une demi-mondaine des années Trente. ; elle n’ôta pas son turban rose d’Indou, ce qui m’a ravi. Quel plaisir de se retrouver dans cet adorable village – si français – du Compiégnois que le temps semble avoir épargné. Même impression, le lendemain quand nous nous déplaçâmes au festival de la Rose, à l’abbaye de Valloires. Il pleuvait sur les arbres séculaires et sur les pétales de roses. (Les gouttes me faisaient à des larmes sur les joues d’une jeune fille troublée.) Odeur de végétation et de terre humides. Au fond, l’abbaye, intemporelle, majestueuse. France, mère des arts… Oui, j’ai mon pays vissé tout au fond du cœur. Je suis un Français définitif. Je suis le du Bellay du Courrier picard.

                                               Dimanche 12 juillet 2015.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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