Hors de moi et hors-saison

                                   

    Avec la télévision, je fonctionne par périodes. «Par saisons», eût dit Roger Vailland, mon romancier stalinien préféré. Depuis quelques mois, je ne la regarde plus. Ou presque. À la faveur d’un arrêt de travail dû à un épisode de peste foudroyante, je me suis retrouvé, affalé sur mon canapé. Ne sachant que faire, seul, plutôt que de me couper une oreille ou de donner des coups de poing contre les murs, j’ai allumé cette fichue télévision. Et sur quoi, je tombe, devine lectrice fessue, adulée, convoitée, abusée, soumise? Je te le donne en mille: les résultats de la primaire de la droite. J’écarquille les yeux, affûte mes oreilles (mes deux oreilles puisque je n’avais pas mis à exécution le projet, étrange je le reconnais, de m’en couper une). Où suis-je? J’ai l’impression d’être dans la peau d’Hibernatus quand il découvre la société française de la seconde moitié du XXe siècle. Je les observe d’abord. Un grand brun au regard charbonneux, triomphant. Un chauve plein de morgue, mou dans sa vieillesse méchante. Une très jolie gonzesse. Un charme certain. Ma préférée, physiquement s’entend. Un candidat dont le nom correspond à une fonction d’élu, qui aime la littérature et publie chez Gallimard. Un autre  type qui répond au nom que j’adore: Poisson. Avec un nom pareil, si j’avais eu le courage de me déplacer pour voter en lignes ennemies, moi, pêcheur à la ligne, j’aurais voté pour lui. Et il y a un petit dernier. Que j’eusse pu tout autant aimer à cause de son score de cancre: zéro et des poussières. C’est adorable un type qui

    Le Crotoy, hors-saison.
    Le Crotoy, hors-saison.

    fait zéro et des poussières. Et puis, il y a un petit nerveux, qu’on dirait sous cocaïne; il est plein de tics. Je crois comprendre qu’il vient de se prendre un râteau et qu’il va tout abandonner pour se consacrer à sa délicieuse chanteuse. (C’est raisonnable: quand on a une fille pareille, on ne perd pas le temps à faire de la politique.) Donc, je contemple d’abord leurs têtes. Puis, je les écoute. Là, une puissante envie de vomir me submerge. Ce sont tous des ultralibéraux, des inféodés au capitalisme. Ce capitalisme dont le peuple ne veut plus. Vais-je prendre un Vogalène? Pauvre France! Que propose-t-elle, cette engeance de nantis? Moins de fonctionnaires. De moins en moins d’état. Résumons: les riches de plus en plus en plus riches. Les pauvres qui triment comme des gueux jusqu’à cent ans. Ça y est: j’ai des hallucinations. Je rêve d’un peuple uni, solidaire, sur les barricades qui chante «L’Internationale». Je rêve des chars soviétiques aux portes de Paris qui viennent nous filer un coup de main pour nettoyer le pays de la racaille capitaliste et de ses hérauts. Et je me mets à penser à la fausse gauche. Les mêmes tronches de cakes. Sournois en plus. Et l’autre playboy-traitre qui ose intituler son livre Révolution avec ses idées ultralibérales d’ancien sbire de la finance. Le peuple a faim. Faites gaffe, droite arrogante et fausse gauche pitoyable. Ça va vous tomber sur la gueule. Pour aller me détendre, je suis allé marcher sur la plage du Crotoy. Le Crotoy hors-saison: du bonheur. J’expulsais les miasmes des primaires de l’affreuse droite. Et mes souvenirs de la fausse gauche lamentable qui, cette fois, pour rien au monde, FN ou pas, ne me fera me déplacer au deuxième tour. Ils se foutent de nous. Je me mets à courir sur le sable de la plage du Crotoy, hors-saison. Je suis bien.

                                                            Dimanche 27 novembre 2016.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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    • Daniel GRARDEL

      Tu as couru combien de mètres ? Ouaf, ouaf !!!!!

      • Philippe Lacoche

        Très peu, cher Daniel; j’ai beaucoup marché. La prochaine fois, je prendrai ma Formule 1; il faut bien se mettre au goût du jour.

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