Les hussards noirs de Tergnier et Blaise Cendrars

    Tony Legendre. Photo : Sylvie Payet.

    La Fête du livre de Merlieux, encore et toujours. J’étais à ma table d’écrivain. A mes côtés : la Marquise, rayonnante et brune comme les blés. Nous papotions, légers comme trois phrases de Stendhal et deux de Laclos. Soudain, arrive un monsieur. Il se présente : Tony Legendre, de Château-Thierry. Il lit mes chroniques tous les dimanches ; il a lu certains de mes livres. Il connaît ma bonne ville de Tergnier sur le bout des ongles. Et pour cause : il a été élève du Cours complémentaire, ancêtre du collège de Tergnier, de 1952 à 1956. Il sort de son sac un fascicule intitulé Tergnier, le cours complémentaire de ses origines à 1959. L’auteur se nomme Marie Josèphe Aquatias-Léger, ancienne élève de 1952 à 1956. Mon sang de fait qu’un tour. L’émotion me gagne. J’ai envie de serrer fraternellement Tony Legendre dans mes bras. Je feuillette. Suis aux anges. Des bouffées de souvenirs me montent à la tête. Ma grosse tête de Ternois est en ébullition comme un tonneau de frênette. Je m’attarde sur les portraits de quelques enseignants qui furent les miens, plus tard, dans ce qui devint le collège Joliot-Curie. René Fournier, dit Toto, professeur de mathématiques, né à Mondrepuis, décédé à Tergnier en 1987. Il fut directeur du même collège jusqu’à sa retraite. C’est lui calma de quelques gifles mon copain Patrick M. (paix à son âme) quand ce dernier cassa la figure à notre professeur de technologie, en troisième D. Paul Sibille, mort à Château-Thierry en 2014, professeur de mathématiques également. Excellent pédagogue, autoritaire mais généreux, connu pour ses colères légendaires. C’est très certainement grâce à lui que je parvins à avoir la moyenne en cette matière qui ne m’inspirait guère. Et d’autres, tant d’autres. Je m’attarde aussi sur le chapitre consacré à Marcel Brun, licencié de philosophie, ancien élève des Beaux- arts de Nîmes, arrivé au cours complémentaire en octobre 1951 où il enseigna le français et le dessin, déclassé, et muté dans le sud de l’Aisne « pour raisons politiques ». Je crus comprendre que ses idées libertaires ou communistes devaient y être pour beaucoup. A la fin de l’opuscule, des reproductions de ses peintures (car, retraité dans le Sud, il est devenu artiste peintre). Magnifiques, tout simplement magnifiques. Un sens de la lumière, de la couleur, du dessin. J’adore. Tony Legendre est parvenu à retrouver sa trace. J’aurais voulu bénéficier de ses cours de français, mais je n’étais pas né quand il professait. Il faudrait que je demande à ma grande sœur Annie si elle se souvient de lui. Je tape cette chronique dans mon bureau, sous les toits. La pluie d’automne claque contre le vasistas. Je viens de me replonger dans l’œuvre de Blaise Cendrars afin d’écrire un article pour un numéro hors-série que publiera, sous peu, mon cher Courrier picard. Qu’est-ce que c’est bien, Cendrars ! La lecture de cinq lignes suffit à m’évader. Ce naturel, cette sincérité, cette façon d’être au monde. D’être en vie. De parler des femmes, de l’alcool, de cette France qu’on aime tant. Je me demande si mes hussards noirs du collège de Tergnier nous avaient conseillé de le lire. Ils en eussent bien été capables. Les âmes des petits Ternois, cheminots dans l’âme, le méritaient bien. Nous étions tous des minuscules passagers du Transsibérien dans nos rêves enfantins.

     

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

    • Voir les commentaires

    • Lugand

      Superbe article qui me replonge dans ma jeunesse. …les profs Mr Sibille prof de maths , bête noire de ma soeur….le cours complémentaire. ..le ces …Tergnier
      Cette petite ville pleine de vie, d ambiance….la MJC ….que de beaux souvenirs
      Merci Philippe

      • Philippe Lacoche

        Avec plaisir, chère Catherine. Je me doute que cette chronique a dû faire monter en toi de nombreux souvenirs. Je t’embrasse. Appelle-moi quand tu veux à la rédaction du Courrier picard. Ph.L.

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Des mots et du sex-appeal avec Léonore et Flor

    Quand je ne suis pas marxiste (promis, j’arrête, contradicteurs si patients), je suis aussi ...

        Emotions en Picardie

        Lys avait un rendez-vous à Rosières-en-Santerre. Ce n’est pas émotion que je ...

    La crampe de l’écrivain

      La crampe de l’écrivain. Ce n’est pas une légende, lectrice des Dessous chics, ...

    Vive le Boléro et vive l’Union soviétique!

    J’avais lancé, la semaine dernière, un vibrant et très émouvant appel après la perte ...

    Précieux présents d’un passé si lointain

            Une chronique, pour quoi faire? Évoquer le présent, l’immédiat, l’air ...

     Tanche lilas et vieux gaucho rouge vif

      Un peu de poésie dans ce monde de brutes. Connais-tu, lectrice fessue, admirable, ...