La fée verte, les écrivains et les équidés

    Il y avait plusieurs années que je n’avais pas participé, en tant qu’écrivain, à la très belle opération Leitura Furiosa, organisée par le Cardan, association qui lutte en faveur des personnes fâchées avec la lecture et l’écriture. Il y a deux semaines, au comptoir du Bar du Midi (BDM), l’un mes bistrots préférés, un bon copain, Jean-Michel, membre actif du Cardan, me fit savoir qu’un auteur ne pouvait venir; il me demandait donc, de la part de Jean-Christophe Iriarte-Arriola, l’âme du Cardan, si je pouvais me libérer. Je répondis par l’affirmative, ravi. Le vendredi, je me rendis au CAPS (Culture, animation, prévention, sports), rue Edmond-Rostand, où m

    Les membres du groupe CAPS et des encadrants de l’opération Leitura Furiosa, devant la Maison de la culture d’Amiens.

    ’attendaient les responsables du lieu et un groupe de six personnes (Sullivan, 13 ans, et sa mère, Marina, 41 ans; Antoine, 16 ans, et sa mère Marie-Annick, 48 ans; Maïva, 14 ans, et sa mère Sophie, 49 ans). But de jeu: se rencontrer et échanger pendant une journée. Et le soir, écriture d’un texte pour l’écrivain, texte illustré et imprimé en grand format, puis lu le dimanche sur la scène de la Maison de la culture. Tout se déroula fort bien. Le matin, nous restâmes au CAPS afin de faire connaissance; l’après-midi, ils me firent visiter le quartier Philéas-Lebesgue où je ne tardais pas à me rendre compte que presque toutes les rues portaient des noms d’écrivains (Blaise Pascal, Pierre Mac Orlan, Condorcet, Paul Verlaine, Edmond Rostand, Jacques Prévert, etc.) Il y a même un petit parc baptisé «Square des écrivains». Cela m’inspira un texte dans lequel j’imaginais une rencontre entre eux autour d’un apéro à l’absinthe, la fée verte. (Je devais avoir soif pour songer à ce pastis d’intellectuels qui en rendit fou plus d’un; je n’ai pas besoin de ça, c’est quasiment déjà fait). Un sansonnet en train – justement – de déguster des gâteaux à apéritif abandonnés dans un parterre à l’herbe maigrelette, m’inspira aussi. Le ciel était gris; il donnait mauvaise mine aux immeubles. On se serait cru dans un roman d’Emmanuel Bove. Le dimanche, il pleuvait. Je suis allé boire un café dans un PMU situé presque en face de la Maison de la culture. Je matais l’immense écran sur lequel déboulaient les chevaux d’une course de trot attelé. Je repensais à ma mère, parieuse invétérée qui jouait au tiercé tous les dimanches. Je revoyais la pince métallique en forme de tête de dauphin. Oscar RL, Ozo, Roquepine, Une de Mai… Freddy Head, Henri Levesque, Jean-René Gougeon, Robert Jallu… Le Tremblay, Enghien, Maison-Laffitte (que ma mère surnommait Maison-Lafuite car elle perdait toujours quand le tiercé se déroulait sur cet hippodrome). Tous ces noms de jockeys, de drivers, de chevaux, me remontaient à la tête, bulles de souvenirs. Soudain, je me rendis compte que la course que je contemplais se passait à La Capelle, en Thiérache où je m’étais rendu à deux reprises en peu de temps en compagnie d’une amie chère. Mon esprit, encore, vagabonda. Je revoyais les églises fortifiées, les bocages quasi irlandais. Le présent m’ennuie; il n’y a que le passé qui me distraie un peu de la mélancolie.

                                                             Dimanche 14 mai 2017.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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