Le dos courbé, penché vers les derniers légumes de novembre

    François Giudicelli, fusillé pour l'exemple, à Caix (80), en 1915.

    L’adorable Lys est en train de faire de moi un autre homme. Jusqu’ici, je me moquais comme d’une guigne des produits bio. Grâce à elle, je m’y suis mis. Et j’y ai pris goût. Notamment au combucha, une boisson venue de Chine que j’adore. Elle me rappelle la frênette que fabriquait notre voisine, Mme Martinache, l’épouse du chef de gare, rue des Pavillons, à Tergnier quand j’étais enfant. Je me souviens des étés chauds; nous jouions, son fils Pompon et moi, dans l’immense cerisier, tout au fond du jardin qui jouxtait celui de mes parents. C’était au début des années soixante. L’automne, j’allais regarder la télévision en noir et blanc, la regrettée ORTF, télévision d’État, avec sa mire, ses Santelli, ses Pierre Dumayet, sa rigueur et son ordre républicain, ennemis jurés des sales valeurs consuméristes et mercantiles de la télévision d’aujourd’hui. Les jeudis, avec Pompon, on allait jouer dans le terrain vague, situé entre la rue des Pavillons et la cité Roosevelt. Il n’était pas rare qu’en creusant pour construire nos cabanes, nous retrouvions un casque, des balles ou une grenade. Les guerres n’étaient pas si lointaines. Tergnier, comme tout le Nord de la France et la Picardie, avait été exposée. Dans les brumes de novembre, quand nous traversions le jardin, on apercevait le dos courbé de mon grand-père Alfred, penché vers les derniers légumes. Il avait combattu dans la Somme, en 14-18.Avait récolté plusieurs éclats d’obus, notamment lors de l’attaque du Bois de Maurepas. Il en parlait peu de la guerre, grand-père Alfred. J’ai pensé à tout ça, et à lui en particulier, l’autre soir, à l’Historial, en regardant le film Adieu la vie, adieu l’amour… écrit et réalisé par Michel Brunet et Dominique Hennequin, coproduit avec France 3 Picardie. L’œuvre raconte le destin tragique des fusillés pour l’exemple de la grande guerre de1914-1918.Certains furent été fusillés pour «refus d’obéissance devant l’ennemi» ou «abandon de poste»; d’autres s’étaient mutilés volontairement. Un film émouvant, poignant. Parfois, de pauvres gamins de 20 ans, broyés par la peur, ou victimes du syndrome de l’obusite, soupçonnés de lâchetés par de vieilles badernes qui se pochtronnaient la couenne à l’arrière. Je pensais à tout ça, en buvant mon combucha, gros gâté de 2012.La vie est une bien étrange aventure.

    Dimanche 4 novembre 2012

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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