L’enfance au fond d’une tasse

    De g. à dr. : Jean-Pierre Marcos, Gilles Defacque et Nicolas Auvray.

                                Je descendais l’escalier des gradins du cirque d’Amiens et me demandais, sérieux et silencieux comme un animal: «Qu’est-ce qui fait qu’un spectacle nous plaise ou pas?» Je ne connaissais pas personnellement Gilles Defacque. Juste des échos comme quoi le Théâtre du Prato, de Lille, fait un travail de grande qualité. En revanche, je connais bien Jean-Pierre Marcos, directeur du Cirque, et Nicolas Auvray, directeur de la Comédie de Picardie. Ce sont des hommes de goût. Alors? Alors, j’ai été ébloui, charmé, chamboulé, l’autre soir, par le spectacle Soirée de Gala (Forever and ever) mis en scène et écrit par Gilles Defacque, sur des musiques d’Arnaud Van Lancker. Est-ce ce parfum d’enfance qui m’a plu? Sont-ce les bruines du Vimeu, petit pays ouvrier, singulier, fait de pâtures, de serrures et de métal écorché, dont l’auteur est originaire et où est ancrée l’action de son histoire, qui m’ont interpellé? Serait-ce l’écriture, un peu foutraque, mais qui tient la route et regarde, tout au fond des yeux, la déroute du temps qui passe, qui m’a emporté? Son Mignon Palace a existé. En face d’une usine d’un bourg vimeusien au début des Trente glorieuses. Gilles Defacque y est retourné. Il a vu ce qu’il en reste; si j’ai bien compris, pas grand-chose. Mais que reste-t-il de nos enfances? Pas grand-chose, c’est-à-dire le meilleur. Le sucre un peu collé tout au fond de la tasse d’expresso. Le sucre qui ne veut pas partir. Une tripotée de personnages, un videur, une ouvreuse foldingue, un commissaire. Un meurtre. Une enquête prétexte. On prépare une soirée de gala en l’honneur des prisonniers de guerre. On est chez Fellini, chez Marcel Aymé. Il y a de la France, de la folie, de la fraternité chez Defacque. Et ce beau regard sur le peuple d’en bas, celui des petites gens. La gauche qui nous gouverne actuellement, enivrée par ses grandes idées sociétales de bobos-libéraux bien nourris et bien cultivés, devrait en prendre de la graine. À l’accueil du Cirque, j’ai retrouvé Gilles Defacque. Il était entouré des amis Marcos et Auvray. Il y avait du cidre dans les verres, et des étoiles dans les yeux. Comme au temps de la Piste de Roger Lanzac. C’était au cœur des sixties. Beautor, pour Jean-Pierre; Tergnier pour moi. À Tergnier, au Café de la Poste, tenu à bout de cœur par notre ancien confrère Marc Delfolie (L’Aisne Nouvelle), j’ai retrouvé les copains après les obsèques de Dadack. Le frère de Jean-Pierre, Patrick Marcos, était là. On a parlé. L’Entente sportive des cheminots ternois (ESCT); de l’Union sportive beautoroise (USB). Du stade près de canal. De l’état du rock’n’roll aussi. Je me disais qu’il aurait bien aimé, Patrick, ce Soirée de gala.

                                                       Dimanche 30 mars 2014

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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