Les essuie-glaces d’un Français moyen sous le règne de François Hollande

    Jérôme Leroy (à gauche) et Jérôme Araujo, rue des Lombards, une nuit d'hiver, à Amiens (Terre).
    Jérôme Leroy (à droite) et Jérôme Araujo, rue des Lombards, une nuit d’hiver, à Amiens (Terre).

    Il se met à pleuvoir sur le pare-brise de ma Peugeot 206. Mes essuie-glaces font un boucan d’enfer comme ceux des véhicules des gens de la classe dite moyenne sous le règne de François Hollande. On pourrait parler aussi parler des essuie-glaces de la voiture de Columbo mais… Mais non, l’écrivain lillois Jérôme Leroy, qui se trouve à mes côtés, lui, ne parle que du charme de l’hiver picard. Il doit penser à une nouvelle de Pierre Mac Orlan, à un roman d’Emmanuel Bove ou d’un récit d’Henri Calet. Comme c’est un homme modeste, il n’en dit pas plus. Nous descendons Jérôme Araujo, secrétaire général de la Maison de la culture qui, quelques instant plus tôt, avait ouvert les portes de ses locaux à l’Université populaire qui y organisait une conférence avec Jérôme Leroy. Thème : l’impact du roman noir sur la société. Voilà, tu sais à peu près tout, lectrice. Je pourrais m’arrêter là, aller me coucher. Je mettrai ce que dans notre jargon de la presse, il convient d’appeler un bouche-trou pour combler l’espace blanc qui pendouillerait comme un vieux marcel sale en dessous de ces lignes. Mais non : comme j’ai bon cœur, je continue lectrice de chair, ma fée fessue et mamelonnée comme un Maillol. Lors de sa conférence, Jérôme Leroy a d’abord rappelé la différence entre roman policier (anxiolytique et respectueux des institutions) et roman noir (anxiogène et qui se contrefout des institutions). Et, il parla avec bonheur de son excellent roman Le Bloc, sorti il y a quelques années, et qui met en scène Le Bloc Patriotique, un parti d’extrême droite qui ressemble fort à celui qui fut longtemps dirigé par un père avant que sa fille ne reprenne le flambeau. Comme le rappelle non sans humour Leroy, il y décrit une manière de Nuit des petits couteaux. La conférence était suivie de la projection du remarquable film Série noire, d’Alain Corneau, avec notamment Patrick Dewaere, sublime dans sa folie (les coups de tête qu’il donne sur le capot de bagnole sont réels et quand il semble à moitié assommé, il l’est réellement), et l’adorable Marie Trintignant, 16 ans, qui se met nue devant Dewaere, avec son corps velouté, tout en appétissantes rondeurs ; un corps pour lequel n’importe quel mec se damnerait et qui conduirait à ne plus jamais écouter la moindre mélodie de Noir Désir. Le film n’est pas bon ; il est sublime. Ensuite, Jérôme Leroy et moi avons parcouru Saint-Leu pour tenter de trouver un rade d’ouvert afin d’y réaliser une interview. Peine perdue. Il était plus d’une heure et nous étions lundi. Nous nous rabattîmes donc sur le bar de son hôtel où le jeune homme de service se mit à discuter longuement avec nous, nous proposant ses points de vue sur la littérature et la société. C’est passionnant. Passionnant, il l’était aussi le débat mené par Anne Martelle qui recevait Marc Lavoine qui, avec son dernier livre L’homme qui ment (Fayard) raconte sa famille dans les années soixante ; il dresse en particulier un portrait tout en tendresse de son père, communiste de banlieue, hâbleur et coureur de jupons                                                                                                Dimanche 22 février 2015.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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    • florence

      Un bel article, cher Philippe, sauf que, parmi les deux Jérôme, sur la photo Jérôme Leroy est à droite, et non à gauche…. 🙂
      Sincères salutations d’une lectrice

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