L’hiver : renaître ou disparaître

         

    Le château d'Ecouen, dans le Val d'Oise.
    Le château d’Ecouen, dans le Val d’Oise.

    Que faire de sa vie quand l’hiver est là, avec ses frimas, ces ciels bas, ces nuages couleur de vieil étain, ces humidités contrariantes ? Partir. Loin, sous les cocotiers, vers des plages blondes comme Anita Pallenberg ? Point. Le marquis des Dessous chics aime son terroir, sa France, comme un lièvre sa hase, comme un garenne son terrier. La France, sa glaise et sa craie me collent aux Doc Martens. Il y a peu, c’était l’anniversaire de Lys, la dame de mon cœur. Adepte du baroque, de ses musiques et ses arts, je lui proposais de découvrir le Musée national de la Renaissance, sis dans l’enceinte du magnifique château d’Ecouen, dans le Val-d’Oise. Majestueux, mais pas écrasant, terriblement français, donc empreint d’élégance, l’édifice domine la plaine de France. Il fut édifié entre 1538 et 155 par le Connétable Anne de Montmorency, premier personnage de l’état sous François 1er et Henry II. De 1806 à 1962, il devint musée national de la Renaissance en 1977. La visite fut un régal avec ses collections d’arts décoratifs; la blanquette de veau du restaurant du musée aussi. Lys trottinait dans les escaliers de pierre séculaire avec la grâce des dames qui peuplent des romans de Dickens. Si britannique. Elle passait de salle en salle, s’émerveillait, commentait. A l’office de tourisme, nous découvrîmes les œuvres de la colonie des peintres d’Ecouen (Pierre et Charles-Edouard Frère, Luigi Chialiva, etc.). Je me suis attardé sur les panneaux explicatifs du télégraphe optique d’Ecouen. (En pleine période révolutionnaire, le 12 juillet 1793, eut lieu la première expérience de transmission optique réussie d’un message codé, ce sur la butte d’Ecouen.) Je ne saurais dire pourquoi, mais cette découverte me fascina. Le soir, j’invitai Lys à dîner au restaurant Le Baroque, à Beauvais, histoire de rester dans la tonalité de cette douce journée. J’avais réservé la table de l’écrivain, en fait celle de Sylvie Weill, fille du mathématicien André Weil, nièce de la philosophe Simone Weil, et tante de la charmante restauratrice beauvaisienne. L’hiver, dehors, encore ; fines bulles dans nos verres. Il faut savoir s’éloigner de la grisaille de l’existence. Que faire de sa vie quand l’hiver est là? Dire au revoir à nos vieux amis. Au cimetière Saint-Pierre, à Amiens, Ivan Joly, ancien président du Courrier picard, qui, en 1983, m’avait embauché, effectuait son dernier voyage. Jean-Michel Viez, ancien chef des ventes de notre journal, lut un beau texte de Jacques Frantz dans lequel il rappella que Bernard Roux, ancien directeur, affirme qu’Ivan avait été, à la fin des années 1970, le père du sursaut du Courrier picard, qu’il avait toujours manifesté un grand patriotisme d’entreprise dans la Scop. Et Jacques de parler en son nom propre : « Qui n’a pas en mémoire le passé de nos « jours heureux » (emprunt aux « jours heureux » du Conseil national de la Résistance) n’a pas d’avenir. »

                                              Dimanche 1er février 2015

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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