«Marie et les Naufragés» : déjanté et sublime

        

    Clément Phoque et Laurent-Février 2016. Café le BDM, à Amiens.
    Clément Phoque et Laurent-Février 2016. Café le BDM, à Amiens.

    Nous étions une dizaine dans la salle du ciné Saint-Leu, à Amiens, pour la projection de Marie et les Naufragés, de Sébastien Betbeder. Quel dommage! Ce film ne m’a pas seulement ravi; il m’a émerveillé. Tu me diras, lectrice jalouse, que l’indicible charme de la si brune et si mignonne Vimala Pons (qui interprète Marie) eût pu y être pour beaucoup. Pas faux. Mais pas que. Tous les comédiens excellent : Pierre Rochefort (qui joue Siméon, le journaliste culturel au chômage), Éric Cantona (brillantissime dans celui d’Antoine, écrivain dépressif et inquiétant), Damien Chapelle (Oscar, musicien allumé, somnambule notoire), André Wilms (Cosmo, musicien gourou, fondateur d’une manière de secte). Oui, Cantona se révèle comme un grand acteur. Ancien compagnon de Marie, il prévient Siméon et Oscar :  « Marie est dangereuse. » Mais Simon, à la faveur du fait qu’il ait retrouvé la carte d’identité de la jeune fille, la rencontre, tombe follement amoureux. Ne la lâche plus. Antoine, par rebond, ne lâche plus Siméon, et devient ami avec Siméon. Ils se suivent, disparates, complémentaires, fous, géniaux, et se rendent sur l’île de Groix, au large de Lorient où Marie s’adonne à un tournage sous la conduite d’un Cosmo plus cinglé que jamais. L’île de Groix. Je m’y étais rendu au milieu des seventies, alors que je me trouvais en tournée, comme guitariste, au sein d’un groupe de blues-rock. Nous avions joué dans un club sur cette île perdue, sauvage, superbe, sur les recommandations du barman du Tip-Toé, un bar de matelots sur le port de Lorient dans lequel nous avions échoué. Je me souviens que notre bassiste, le regretté Dadack (paix à son âme de Ternois) s’était baigné tout habillé sur une plage de Groix. Avec Dadack, nous jouions au 421 chez Desmarquet, un bistrot de Tergnier. Au 421, mes amis des 80 Poneys, l’association d’ultracourts-métrages d’Amiens, y jouent souvent, au BDM, où je me rends le soir. Justement, j’imaginais les comédiens des 80 Poneys tourner ce type de film. Le président, Simon Poulidor, égaré dans ses rêves, y serait épatant. Ma vie est émaillée de coïncidences ; j’aime ça. L’excellent Sébastien Betbeder a notamment réalisé deux autres films que j’ai eu le plaisir de voir : 2 automnes 3 hivers, avec Vincent Macaigne, et Les nuits de Théodore, dans lequel joue le formidable Pio Marmaï, qu’on retrouvera, sous peu, dans Vendeurs, de Sylvain Desclous. Je venais justement d’interviewer Pio et Sylvain, quelques jours plus tôt. Marie et les Naufragés, est certainement le film le plus barré que j’ai vu cette année. Le plus original aussi. Barrée, la pièce Carthage, encore, de Jean-Luc Lagarce, mise en scène par Émilie Gevart et Sam Savreux, et donnée, il y a peu dans la salle des fêtes de Poulainville, l’était aussi. Quatre personnages en huis clos coincés dans des décombres après une catastrophe. Singulier. Très.

                                                  Dimanche 24 avril 2016

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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