Mon ami Emmanuel Bove

    Fred Haslin, photographe (à gauche) et Lionel Herbet, journaliste.

    La revue littéraire Le Matricule des anges a demandé à quelques écrivains d’évoquer Emmanuel Bove. J’ai eu la chance d’être l’un de ceux-là. Pour rédiger mon article (2500 signes, espaces compris), je me suis replongé avec gourmandise, dans l’œuvre du très mystérieux Emmanuel Bobovnikoff, dit Bove (1898-1945), le plus aimé des écrivains méconnus, le plus apprécié de ses pairs, méprisé par les élites économiques qui préfèrent Marc Levy ou Alain Minc. Mais les élites économiques ont ce qu’elles méritent. J’ennuie (je me retiens) les élites économiques, et j’aime Emmanuel Bove. Quel plaisir de relire Mes Amis, son premier roman! Les phrases de Bove peuvent paraître pauvres, mais, au fond, elles ne le sont pas car, jamais, elles n’évoquent réellement la pauvreté. Elles se contentent de sonder le quotidien et la vie dans ce qu’ils ont de plus absurde, de plus imbécile, de plus trivial. C’est terrible. Les écrivains de la littérature prolétarienne peuvent aller de rhabiller. Il n’y a pas plus subversif, plus à gauche que Bove, lui qui, pourtant, n’avait rien d’un militant. Pas de grand discours; pas de message. Là, ce sont des taches de jaune d’oeuf laissées sur un poêle; ici, c’est Victor Bâton, héros de Mes Amis, qui compare la propreté de ses ongles à celle d’un camarade. Un peu plus loin encore, c’est Bâton qui se fait traiter de fainéant par un voisin. Bâton a beaucoup de défaut; il s’apitoie sur lui-même. Il se dit bon, charitable, s’agace très vite. Mais qu’est-ce qu’il est humain. Et ce qu’ils sont abjects, les bourgeois dans les livres de Bove. Puants. Ils eussent été capables de défendre l’abominable Margaret Thatcher. Et Bâton qui avoue: «Ah! que j’aurais aimé être riche!...» Imparable. Bove aimait-il le sport? C’est peu probable. Moi, je l’aime parfois. Quand Blondin et Laborde évoquent le Tour de France. Quand Vailland raconte une course cycliste dans le Jura. Lorsque Kléber Haedens s’enthousiasme pour le rugby. Et quand l’ami Fred Haslin, photographe au Courrier picard, expose ses magnifiques photographies des J.O. de Londres 2012, au Studio 7, rue Léon-Blum, à Amiens (jusqu’au 15 juillet). J’ai beaucoup aimé quand notre ancien confrère de la rédaction sportive du journal, Lionel Herbet, a interviewé Fred. Ça m’a rappelé de bons souvenirs.

    Dimanche 23 juin 2013

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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    • catherine d.

      Je ne me souviens plus comment j’ai rencontré Emmanuel Bove, pourquoi je l’ai aimé et pourquoi un recueil de ses romans de chez flammarion côtoie Jean Follain sur mes étagères. Peut-être à cause de Daroussin qui avait adapté “Le pressentiment”, son état d’esprit, la perte des illusions, l’invitation au renoncement, ou son style impeccable. Merci cher Philippe Lacoche de le réévoquer ici et de donner envie de le relire.
      Bien à vous,
      Catherine

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