Mon Ascension vers toi, Pêcheur de nuages

    À la faveur de la diffusion de ma pièce de théâtre, L’Écharpe rouge, interprétée par les comédiens du Théâtre de l’Alambic, je me suis retrouvé à Reims, en ce jeudi très ensoleillé de l’Ascension. Reims : pour moi, toute une histoire. Celle de mes vacances champenoises, dans le parc du château de Sept-Saulx, propriété d’Édouard Mignot qui avait fait fortune avec la chaîne de petites épiceries des Comptoirs français, château où mon grand-père maternel était jardinier. À l’intérieur de l’immense parc à la française, boisé, piqueté de haies de buis si odorants (où que je sois aujourd’hui, quel que soit le temps, leur odeur m’inonde de tant d’émotions que mon imbécile de carapace de petit macho Ternois m’empêche de te dévoiler, lectrice) coule la Vesle, la plus française des petites rivières, poissonneuse à souhait (chevesnes, vandoises, anguilles, truites, brochets, gardons, perches, rotengles, brèmes, vairons fougueux, manières d’aiguilles d’étain) en amont de Reims. Mon cousin Guy, le Pêcheur de nuages, et moi, passions le plus clair de notre temps à y pêcher. Pêches miraculeuses, fantastiques, merveilleuses. Lorsque je ferme les yeux,

    L'immeuble du Pêcheur de nuages, rue du Bastion, à Reims.
    L’immeuble du Pêcheur de nuages, rue du Bastion, à Reims.

    j’ai encore dans les narines, l’odeur musquée de ces beaux poissons qui se mêlaient à celle des premières Balto (dont nous recrachions la fumée par le nez) et des pieds de menthe verte que nous écrasions en tentant de nous trouver une place, au bord de cette petite Vesle, si sauvage, si végétale, petite jungle en terre de craie. Oui, si française. Reims donc, en ce jour d’Ascension. À l’hôtel, je me rends compte que je suis à deux pas de la rue du Bastion, où se situe l’immeuble de la dernière résidence sur Terre de mon regretté cousin, immeuble du haut duquel il a pris, un jour des années 1990, son envol définitif. Jamais je n’avais osé y retourner. Là, il le faut. Je marche; j’erre, le nez en l’air, à la découverte des façades art déco de cette ville superbe qui, dans ma tête, bulle comme une tanche d’or. Le voilà, cet immeuble. C’était donc là. Ses derniers pas, il les a effectués sur ce trottoir; c’est cet air-là qu’il a respiré. La rue du Bastion me prend à la gorge comme une odeur de buis. «Ne me secouez pas, je suis plein de larmes», eût dit Henri Calet. 16, rue du Bastion. Qu’est-ce que la vie d’un homme, un jour d’Ascension, à Reims, sous un soleil de presque plomb? Peu de chose dans l’Univers. Des souvenirs, quelques images, fugitives, qui fuient comme l’eau de la Vesle, vers l’Aisne, vers Bazoches-sur-Vesles, vers Braine. La Vesle, tiens. Il me prend une envie folle de la revoir; je fonce vers le stade dont elle caresse les contreforts de ses eaux céladon. La voici. Allait-il la revoir, le Pêcheur de Nuages, avant l’ultime grand saut? Avait-il repensé à nos parties de pêche de Sept-Saulx?

    Dimanche 15 mai 2016.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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