La nuit folk d’un atmosphériste

           Mes détracteurs affirment que je pourrais travailler à la Météo. Ils n’ont pas tort; dans mes chroniques et mes romans, je ne cesse de parler du temps qu’il fait. C’est comme un vice. J’adore observer le ciel, les nuages, regarder la pluie tomber, l’écouter cingler les ardoises de mon toit, me perdre dans les brumes automnales. Une chronique, pour moi, n’est rien que l’humeur du temps, le temps de mes humeurs. Je suis un atmosphériste. Je n’ai rien inventé. Éric Holder en est un autre. Henri Calet et André Hardellet, eux aussi, bien avant nous. Une fois encore, je succomberai à mon vice. J’arrive donc dans ma véranda, tasse de café en main. Je contemple mon jardin mouillé, frileux et froissé comme une fille qui sort de l’eau à Stella-Plage, un matin incertain de mai 1975 (va-t’en savoir pourquoi cette date?). J’allume France Inter. Cette voix amie. C’est le copain François Ruffin. Quel bonheur de l’entendre planter son surin dans ventre rebondi du capitalisme, trancher dans le lard couperosé et cholestérolisé des nantis (voilà une opération utile: «Balance ton porc! Ton porc d’ultralibéral nanti qui te bouffe la laine sur le dos!»). François dénonce cette cochonnerie de société capitaliste et la fausse gauche ultralibérale (tout autant pourrie) avec un naturel, une audace, un panache qui fait du bien aux oreilles. Merci de m’avoir mis de bonne humeur, François. Tu remarqueras, lectrice fessue, qu’il y avait longtemps que je n’avais parlé politique dans cette chronique. J’avais décidé de me taire et d’écouter le doux bruit de la décomposition du corps putride de capitalisme; c’est sur la bonne voie. Donc, je contemplais, de ma véranda, le beau temps froissé, humide et presque hivernal. Je repensais à ma soirée de la veille. J’avais donné rendez-vous à la Marquise, au Capuccino. Elle retira son élégant manteau noir de dame germanopratine des sixties, puis laissa apparaître un adorable petit blouson rouge d’adolescente des seventies. J’adore ces sauts subreptices des filles qui jouent avec les époques et les modes comme elles jouraient à la marelle. On a envie de leur tirer les couettes et de regarder sous leurs jupes la couleur de leurs culottes. (Harcellement? Suis-je un porc?) Ce soir-là, opération Open Mic, au Capuccino. Bruno, le patron, propose, chaque deuxième mercredi du mois, aux groupes (qui n’ont pas forcément un long répertoire) de jouer deux ou trois morceaux devant un public. Étaient notamment au programme Harris.B.Pilton, Louis Aguilar, l’excellent Burtons et le singulier Daddy Ja, une manière de routard, amiénois d’origine, longtemps égaré à Toulouse, à Rouen et ailleurs dans l’Univers, guitariste, bassiste, clown, cracheur de feu, théâtreux de rues et intéressant parolier. Ses textes en français, anars, pacifistes, font penser à ceux de Dick Annegarn et de Pierre Vassiliu. Bruno me payait des bières. J’envoyais, par Messenger, des photos des groupes en live à la Marquise qui avait regagné son palais d’Henriville. «Passe! J’ai terminé mon taf ; j’ai fini d’écrire», finit-elle par me dire. J’accourus, langue pendante. C’est ainsi que je loupais Antoine Beaumont, Bertrand et Ravens Crew. Ma conscience professionnelle a ses limites.

    Dimanche 12 novembre 2017.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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