On ne devrait jamais quitter Besançon

    Je ne connaissais pas Besançon. J’avais tort. Je l’ai découverte à la faveur de l’important salon du livre, Livres dans la boucle, auquel les organisateurs avaient eu la bonté de m’inviter. C’était un vendredi. Il faisait doux. Une douceur de presque automne, légèrement sournoise, lascive et garce, comme si l’été, qui manque à tous ses devoirs, eût hésité à coucher avec l’arrière-saison. Bref: j’étais bien. Je descendis du TGV, cette manière de grand serpent métallique rapide et ultralibéral. Sur le quai, j’allumais ma première cigarette, et tombais nez à nez avec Vincent Cuvellier, talentueux écrivain jeunesse que j’avais rencontré, en 2004, je crois, au salon du livre de Villefranche-de-Rouergue. J’étais alors en compagnie de mon amie d’alors, de vingt-trois ans ma cadette, adorable brunette, que je conviais à tous mes déplacements d’écrivain. Physionomiste, Vincent me reconnut sur-le-champ. (Il n’en fut pas de même pour moi; la vieillesse, lectrice adulée, est un naufrage. Comme je le dis souvent à la Marquise, je finirai à Gouyette. Il faut se souvenir du magnifique roman de René Fallet Les Vieux de la vieille, et du film, admirable, de Gilles Grangier, inspiré par l’ouvrage. Avec Jean Gabin, Pierre Fresnay et Noël-Noël.) Nous évoquâmes les temps anciens, et brièvement l’état de la littérature. Il m’avoua qu’il vivait dorénavant à Bruxelles où il se sentait bien. Tant qu’à faire, il est important de se sentir bien dans la vie. Puis, je filais vers mon destin. Celui-ci avait l’allure avenante d’un restaurant du centre de Besançon. J’y retrouvais Philippe Lorin, peintre, illustrateur et dessinateur, ami de la littérature qui, titulaire d’un talent subtil et pastel, fait revivre au gré de ses livres, les personnalités et artistes qu’il admire: George Sand, Jacques Brel, Charles de Gaulle, etc. (Son dernier livre sur Barbara – édition du Rocher – est une belle réussite.) Ensuite, j’eus le plaisir de m’entretenir avec Philippe Vilain, écrivain que j’admire. (Lis, lectrice fessue, son succulent, Pas son genre – Grasset, 2011, adapté au cinéma par Lucas Belvaux.) Pendant les deux jours, Philippe et moi, nous ne nous quittâmes plus. Nous découvrîmes que nous venions du même mi

    L’excellent romancier Philippe Vilain.

    lieu populaire. Enfants, nous pratiquâmes le football et la pêche à la ligne. Et quand je lui confiai que Pas son genre m’avait fait penser à L’Irrévolution et La Dentellière, de Pascal Lainé, il en fut ravi. Tard dans la nuit, alors que j’avais regagné mon hôtel, je fus pris d’une petite soif, minuscule appel qui pourrait s’apparenter à une tentation d’aventure. Je me mis en route, baguenaudais, la tête dans les étoiles, dans une rue déserte caressée par la douceur nocturne, quand je me cognais littéralement à une dame blonde à la crinière de lionne (comme je les aime). «Philippe!» hurla-t-elle. «Mais qu’est-ce que tu fais là?» C’était Christine, une Amiénoise que je n’avais pas vue depuis quatre ou cinq ans. Elle me confia qu’elle vivait maintenant à Besançon, qu’elle s’y trouvait fort bien. Et elle m’entraîna dans quelques bars fréquentés par des musiciens et des artistes. On ne devrait jamais quitter Besançon comme le disait Lino Ventura à propos de Montauban.

                          Dimanche 24 septembre 2017.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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