Patrick Modiano et moi, Philippe Laroche

    Patrick Modiano et moi : une longue histoire. La première fois, ce fut au cours d’une nuit de 1982, je crois. Oui, je crois seulement, je ne suis plus sûr. Plus sûr de rien. Cette nuit donc, je me mis à dévorer Villa triste, court roman d’un écrivain qui, jusque-là, m’était totalement inconnu. Lui, le grand Modiano. Un choc. Je ne m’en suis jamais vraiment remis. La même impression que lorsqu’à l’âge de 7 ans, à la faveur d’une opération de l’appendicite réalisée à l’hôpital de Chauny (Aisne), où sept ans plus tôt, j’avais vu le jour, Ginette, une copine de ma mère, m’avait fait cadeau de Tintin au Tibet pour me faire oublier mon lit de souffrance. Cette fois, au même endroit, grâce à Hergé, naissait en moi le plaisir de lecture. Sept ou huit plus tard, autre coup de foudre: Serge Boulard, notre professeur de français, en classe de troisième, au collège de Tergnier, nous avait fait découvrir Le Grand Meaulnes, d’Alain-Fournier. Magique. Lire ce roman à 15 ans, c’est comme se faire un shoot de romantisme en plein cœur.

    Patrick Modiano. Photo : Francesca Mantovani. Gallimard.

    Décalaminer son âme d’adolescent. J’étais Augustin Meaulnes. Et j’avais bien l’intention de le faire savoir à l’adorable petite blonde à couettes, à K-Way vert et à Clarks que je convoitais depuis la classe de sixième et dont j’étais éperdument amoureux.

    Je repensais à tout cela, il y a quelques jours, alors que je venais de terminer Souvenirs dormants (éd. Gallimard, 112 p., 14,50 €) et Nos débuts dans la vie (éd. Gallimard, 96 p., 12 €), les deux derniers opus de Modiano. Je me revoyais aussi proposer à Christian Lebrun, rédacteur en chef de Best, d’interviewer le créateur de La Ronde de nuit, car je venais de me rendre compte qu’il avait travaillé pour une maison de disque, qu’il avait été aussi parolier (avec l’excellent Hugues de Courson; les paroles de «Étonnez-moi Benoît», chantées par Françoise Hardy, sont de lui), et, surtout, qu’il avait fréquenté assidûment le Golf Drouot dans les années 1960. Je me fendis qu’une longue et belle lettre sur une feuille à en-tête «Best, revue de rock, 23, rue d’Antin, Paris 2 e», dans laquelle je lui disais toute mon admiration et mon intention de le rencontrer afin de rédiger un article. Il ne me répondit jamais. Quelque dix ans plus tard, le seul roman qu’il me dédicaça en service de presse, il me nommait Philippe Laroche, comme l’assassin présumé du petit Grégory. Il y a cinq ans, environ, je le croisai du côté de la rue Bonaparte. Je le hélai: «Bonjour Patrick Modiano!». Mais perché très haut dans ses pensées, il ne répondit pas, pressa le pas. Et je vis sa longue silhouette qui s’éteignait tout au fond de la rue dans la grisaille parisienne. Mon regretté ami, le romancier et grand Résistant Jacques-Francis Rolland, me parlait souvent de lui. Il l’avait connu jeune. Il me racontait comment il venait visiter sa mère, comédienne, alors amie très proche de Jean Cau. Jean Cau qui, traverse l’œuvre de Modiano sous divers noms. Patrick, à cette époque, était, me disait-il, très désargenté. Mais ceci est une autre histoire…

    Dimanche 19 novembre 2017.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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