Rendez-nous les portemanteaux d’antan

    Sylviane Fessier et Samule Theis, fils d'Angélique, l'un des trois réalisateurs du film Party Girl.
    Sylviane Fessier et Samuel Theis, fils d’Angélique, l’un des trois réalisateurs du film Party Girl.

       Il est plus facile d’accrocher une lectrice à ma chronique, j’ai nommé les délicieux Dessous chics, qu’une veste ou un imperméable dans un restaurant à Paris ou en province. C’est une horreur. Plus de portemanteaux, ou très peu ; c’est devenu une denrée rare. J’en discutais, il y a peu, avec mon confrère Tony Poulain, que vous retrouverez à ma droite, dans cette même page, un esprit simenonien, comme moi, tout aussi français. J’eusse pu lui dire : « C’était mieux avant, ne penses-tu pas, Tony ? ». Je suis certain qu’il me répondra oui. Or, grande fut ma joie, alors que je me rendais en galante compagnie au Bistrot des Bouchers, à Amiens, de trouver de magnifiques crochets dorés pour y accrocher mes vêtements. Crois-moi, lectrice adorée, mon miel, ma possession, ma soumise, cela m’a procuré un tel plaisir que j’en ai apprécié un peu plus encore la délicieuse fricassée d’andouillette que m’apportait une serveuse bien sympathique. Lectrice, ton mari, jaloux comme un tigre en cage, te dira que ma prose lui rappelle celle d’Anne Golon, romancière méritante, auteur d’Angélique, Marquise des Anges. Pour une fois, il ne profère pas des imbécillités. L’antan, l’avant, l’auparavant – bref tout ce qui m’éloigne du présent sournois et de futur incertain –, me manquent comme l’héroïne à Roger Gilbert-Lecomte, comparse de Roger Vailland, créateur du Grand Jeu. Angélique (Litzenburger), c’est justement le prénom du personnage central du film Party Girl que je suis allé découvrir au Ciné-Saint-Leu, à Amiens. La projection avait lieu en présence du fils d’héroïne, Samuel Theis, qui a réalisé l’œuvre en compagnie de Marie Amachoukeli et Claire Burger. Angélique – qui n’est pas actrice professionnelle, à l’instar des autres comédiens – joue son propre rôle. Elle a soixante ans, aime toujours la fête, la nuit, les hommes. Pour gagner sa vie, elle fait boire les messieurs dans un cabaret à la frontière allemande. Mais avec le temps, les clients se font rares. Un habitué, Michel, amoureux d’elle, lui propose de l’épouser. Ce film sensible, émouvant, est époustouflant d’un réalisme poignant. Samuel Theis met en scène sa véritable famille. En fond, la Lorraine dans ce qu’elle a de plus sinistré, de plus populaire. Tout sonne juste dans ce film qui tient autant de la prose d’Eugène Dabit que d’une chanson de Patricia Kaas. Lumineux, Samuel Theis, interviewé avec finesse pas Sylviane Fessier, nous a éclairés sur sa démarche : « Nous avons tenté de ne jamais verser dans le sentimentalisme », a-t-il notamment expliqué. Entre drame social, comédie romantique et fiction documentaire, Party Girl, se révèle l’une des plus rafraîchissantes surprises de cette rentrée.

                                                     Dimanche 14 septembre 2014

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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