Tous ces scooters qui me tournent autour

     

    Jacques Bocquet ne circule qu'à scooter.

     Trois possibilités: mon recueil de nouvelles, Scooters (Le Rocher, 1994), va être réédité. Ou je vais tomber amoureux d’une poulette chevauchant ce terrible engin. Ou je vais finir ma vie de vieux daim sous les deux roues nerveuses de ce petit véhicule hargneux. Au choix, lectrice, mon été permanent, mon inaccessible désespoir, ma jonquille noire de septembre. Depuis mes balades derrière le Cyril Montana juché sur son puissant Yamaha dans les rues glaciales des Paris, le scooter ne cesse de me tourner autour. La preuve: l’autre jour, je bois un café au Kimbo, à Amiens, avec l’écrivain et poète Jacques Bocquet. À peine assis, il me confie qu’il ne se déplace plus qu’à scooter. Je l’en félicite, puis il me raconte qu’il est né à Amiens d’un père anglo-picard et d’une mère urkainienne-juive autro-hongroise. Qu’il a étudié dans la capitale picarde avant de devenir batteur de jazz dans le Big Band Paul Paray. Il a également joué avec les Sharks des reprises des Stones, des Pretty Things et des Animals. Qu’il a fait du rock et de la bossa nova avec Philippe Dalecky (fils d’un chirurgien d’Amiens) dont je me souviens avoir chroniqué un 45 tours au cours des détestables eighties (filles maudites et libérales des délicieuses seventies, désintéressées et idéalistes).Puis il a travaillé dans l’administration d’un hôpital psychiatrique, à Étampes, tout en continuant à faire de la musique. Il a écrit sa première dramatique radiophonique, La mémoire de Ketterman, «l’histoire d’un vieux Juif dont la mémoire se délite», pour France Culture, ce qui lui a permis d’obtenir le prix de la Communauté radiophonique de langue française en1977.Ce prix accélérera sa carrière; il écrira huit dramatiques dans la foulée pour France Culture. Il y a peu, il nous a donné à lire l’émouvant livre La Nuit Hodgkin (éd. L’Harmattan), un long poème écrit pour être lu de vive voix. «Je l’ai écrit comme un batteur», déclare-t-il au sujet de cette œuvre à la Ginsberg, très Beat generation. Une ode à sa compagne défunte, Aïsha, «un petit être lumineux, la seule et la dernière femme de ma vie. Quand je l’ai connue, elle avait 18 ans; j’en avais 32.Elle était berbero-andalouse. C’était une petite sauvageonne qui ne se laissait pas faire.» Aïsha est décédée en mai 2009. «Elle est partie avec son mystère de femme», dit Jacques Bocquet.

    Dimanche 19 février 2012.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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