Tout allait bien…

    Tout allait bien. L’inauguration du Festival du film d’Amiens battait son plein au Gaumont. J’étais de la partie, une coupe de champagne à la main, discutant avec Gilbert Fillinger, puis avec Jean-Pierre Marcos et Sylviane Fessier, puis avec Jean-Pierre Garcia. Et tant d’autres, joyeux. Si joyeux. Devant nos mines réjouies, nos éclats de rires, de fête, devant ce champagne, quelques abrutis barbares et sanguinaires eussent pu venir faire un carton. Nous n’y pensions pas. Alors que je quittais le cinéma, dans le hall, mon attention fut attiré par des gens qui contemplaient l’actualité sur leurs téléphones portables et la commentaient. « A Paris, c’est l’horreur. Un massacre. » Les attentats venaient de se produire. Puis tout alla très vite. Le nombre de victimes qui augmentait au fil des minutes. L’horreur, oui, l’horreur. Que faire en ces instants de douleur ? Tenter de trouver un peu de chaleur et de fraternité dans ce monde de brutes. Je filais à Tergnier (Aisne), ma ville. Carole Bacot et la médiathèque avaient la bonté de l’inviter pour évoquer mon dernier roman. J’avais un peu honte de parler de ces histoires d’amour, si légères, dans ce contexte de deuil absolu. J’en fis part au maigre auditoire. On parla donc un peu d’amour, mais beaucoup de la terrible actualité. Et je fonçais vers le Café de La Poste où mon bon copain Marc Delfolie, ancien journaliste de L’Aisne Nouvelle, et patron du lieu, m’attendait autour de quelques cochonnailles. L’ambiance était à la fois à la tristesse, à la révolte. Mais aussi à la fraternité. Il y avait là, à côté de Marc, Zézette, ancien batteur d’un de mes groupes de rock, employé SNCF à la retraite, Michel Carreau, élu du Parti communiste, Tonio, militant, Marc Braem, un ancien du lycée Henri-Martin, cheminot lui aussi, et même Bernard Le Louarn, dit Nanard, de Gauchy, ancien du même lycée Henri-Martin, copain de classe de seconde, devenu cheminot comme il se doit. Pas vu depuis quarante ans.  Et quelques autres. Rien que des bons copains. Cela faisait du bien, changeait un peu les idées. Nous en avions tous besoin. La barbarie, à Tergnier, on connaît. Nos bons amis d’Outre-Rhin ont laissé des souvenirs dans cette ville ouvrière, patriote et éminemment résistante, imprégnée d’une gauche à l’ancienne qui n’aim

    Devant le Café de La Poste, à Tergnier, tenu fraternellement par l'ami Marc Delfolie.
    Devant le Café de La Poste, à Tergnier, tenu fraternellement par l’ami Marc Delfolie.

    e pas trop qu’on vienne lui chercher des poux dans la tête et la priver de liberté. A Paris, ce n’était plus les nazis mais des religieux illuminés qui venaient de sévir. Même mentalité, même résultats. L’horreur, oui, l’horreur… Coïncidence : juste avant que surviennent les attentats, j’étais en train de lire Plaidoyer pour la fraternité (éditions Albin Michel), d’Abdennour Bidar, philosophe, écrit après les attentats perpétrés à Charlie. Il y explique qu’au lieu de nous diviser, ces drames nous avaient rassemblés ; ils nous ont fait prendre conscience « qu’il fallait maintenant changer d’ère : passer du choc des civilisations à celui de la fraternité des cœurs et des cultures. » Il a raison.

                                                          Dimanche 22 novembre 2015

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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    • Marc Delfolie

      Merci Philippe. Heureux de voir qu’il subsiste un brin d’humanité, combien même faudrait-il aller la chercher dans une ville de 15000 habitants qui ne fait guère parler d’elle que lorsque la misère explose. La misère matérielle s’entend car si tous ceux et toutes celles qui ne s’intéressent qu’à elle que lorsque tout va mal voulaient bien en partager le quotidien autrement que durant quelques heures, ils y découvriraient une sacrée richesse qui, il est vrai, ne se compte pas en euros.
      Encore merci Philippe, de rester fidèle à tout ce qui a fait vivre l’humanité avant l’euro. Au plaisir…

      • Philippe Lacoche

        De rien, cher Marc. C’était un vrai plaisir de partager ces bons moments au Café de La Poste. Et merci vivement pour ton commentaire qui me fait chaud au cœur. A mon cœur de Ternois. Amitiés. Ph.L.

    • PATRICK PAIN

      Bravo et merci Philippe et Marc
      vos messages d’ amitié et d’ humanité font du bien quand la liberté de rire, boire un coup en terrasse ou écouter du Rock insupporte les intégristes religieux. Moi, ce sont les intégristes religieux qui m’ insupportent, quelle que soit leur religion.
      Quel plaisir de revoir devant le café de Marc les copains que l’ on croisait lors des concerts de Rock à Tergnier, à Quessy ou à Beautor,dans le public, sur la scène ou en coulisses.
      Quel plaisir de savoir qu’ à Amiens Philippe croise encore le cinéphile beautorois JP Marcos que j’ ai amené à Amiens vers 1970 et qui n’ en est jamais revenu;JP était mon copain de Lycée ( Gay-Lussac), nous allions aux réunions pré-électorales interroger les candidats du PC. JP a fini par prendre sa carte, moi pas,cela ne nous a jamais fachés, c’ est cela vivre en démocratie.
      L’ intégrisme religieux est une des faces de l’ extrême droite, méfions nous, à Tergnier comme ailleurs, de ses autres faces, toutes aussi nuisibles et haineuses.
      Par chance, et aussi par vouloir, je dormirai en Picardie le mois prochain.
      Vive Tergnier, sa passerelle,ses ternois, et la mémoire de Raymond Défossé, dit Def, ternois d’ origine;
      je vous embrasse
      Paingeorges

      • Philippe Lacoche

        Merci pour ce beau message, cher Patrick. Amitiés. Ph.L.

    • PATRICK PAIN

      Bravo et merci Philippe et Marc
      vos messages d’ amitié et d’ humanité font du bien quand la liberté de rire, boire un coup en terrasse ou écouter du Rock insupporte les intégristes religieux. Moi, ce sont les intégristes religieux qui m’ insupportent, quelle que soit leur religion.
      Quel plaisir de revoir devant le café de Marc les copains que l’ on croisait lors des concerts de Rock à Tergnier, à Quessy ou à Beautor,dans le public, sur la scène ou en coulisses.
      Quel plaisir de savoir qu’ à Amiens Philippe croise encore le cinéphile beautorois JP Marcos que j’ ai amené à Amiens vers 1970 et qui n’ en est jamais revenu;JP était mon copain de Lycée ( Gay-Lussac), nous allions aux réunions pré-électorales interroger les candidats du PC. JP a fini par prendre sa carte, moi pas,cela ne nous a jamais fachés, c’ est cela vivre en démocratie.
      L’ intégrisme religieux est une des faces de l’ extrême droite, méfions nous, à Tergnier comme ailleurs, de ses autres faces, toutes aussi nuisibles et haineuses.
      Par chance, et aussi par vouloir, je dormirai en Picardie le mois prochain.
      Vive Tergnier, sa passerelle,ses ternois, et la mémoire de Raymond Défossé, dit Def, ternois d’ origine;
      je vous embrasse
      Paingeorges

      • Philippe Lacoche

        Merci pour ce beau message, cher Patrick. Amitiés. Ph.L.

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