Un grand livre fait un excellent film

    Philippe Vilain, rencontré au cours d'un cocktail de la revue Service littéraire.

       Il y a quelques temps, à Paris, lors d’un cocktail de la revue Service littéraire, je faisais la connaissance de l’écrivain Philippe Vilain. Je venais justement de terminer son roman Pas son genre (Grasset). Je lui dis pourquoi son livre m’avait plu: « Il m’a rappelé La Dentellière, de Pascal Lainé. » Je regrettais immédiatement mes mots. Certains écrivains détestent qu’on les compare à d’autres. Garçon calme et intelligent, Philippe Vilain fut, au contraire, ravi. Et nous trinquâmes au succès de son roman sous les yeux de François Cérésa, créateur de Service littéraire, et de quelques collaborateurs de la revue dont Jean-Michel Lambert et Bernard Morlino. Cela lui a porté chance car son livre vient d’être porté à l’écran par le cinéaste Lucas Belvaux, avec la délicieuse Emilie Dequenne et le convaincant Loïc Corbery. Le film (vu au Gaumont, à Amiens) correspond bien à l’histoire et à l’atmosphère de l’opus de Philippe Vilain. Clément, un jeune professeur de philosophie (Loïc Corbery), est affecté dans un lycée d’Arras pour une année. Il le prend très mal, lui qui n’aime que Paris, d’autant qu’il est aussi écrivain (un roman chez Grasset ; un essai sur Kant), qu’il fréquente le Flore et les Deux Magots. Il se rend dans la capitale du Pas-de-Calais plus mélancolique qu’un troupeau de Cioran. Il déambule d’une place à l’autre, s’ennuie beaucoup. Un jour, dans un salon de coiffure, il fait la connaissance de Jennifer (Emilie Dequenne) qui devient vite sa maîtresse. Il est issu de la haute bourgeoisie éclairée parisienne, lit Proust, Flaubert,  et les philosophes allemands ; elle est une fille du peuple, lit Anna Gavalda et passe ses soirées dans les karaokés avec ses copines. Il est constamment indécis, hésite à s’engager, réfléchit beaucoup ; elle est entière, fonceuse, toujours gaie et pétillante. Elle n’est pas son genre. Comme le genre de Pomme, dans La Dentellière n’était pas celui du narrateur qui ressemblait comme deux gouttes d’encre à Pascal Lainé. Lainé, comme Vilain, traite de l’incommunicabilité de deux êtres, issus de deux mondes très différents, voire opposés. Deux êtres qui, pourtant, s’aiment. Car, même s’il reste en réserve, Clément aime Jennifer. Le film est aussi poignant, à l’image du livre. A l’image de La Dentellière. En regardant le film Pas son genre, je me revoyais en 1979, jeune journaliste à L’Aisne Nouvelle, en train de parcourir la place du Huit-Octobre, à Saint-Quentin, à la recherche de l’hôtel dans lequel Pascal Lainé, jeune professeur de philosophie, avait posé ses valises une rentrée par une rentrée de septembre de la fin des sixties. La littérature me servait de tuteur. Le mildiou de la mélancolie, déjà, attaquait mes feuilles. Mes pages.

                                              Dimanche 11 mai 2014

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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