Une araignée au plafond des toilettes du confiné

    J’en entends déjà d’ici qui rigolent: «Le marquis, il voit tellement d’araignées qu’il les met en photo! Il doit aussi en avoir une au plafond. Il faudrait qu’il arrête d’aller au Bistrot Saint-Germain et de descendre des verres de Cadette…» Les gens sont méchants. Au Saint-Germain, à mon grand dam, je n’y vais plus, confinement oblige. Oui, lectrice adorée, convoitée, soumise et possédée, je suis confiné à cause de cette saloperie de coronavirus. Mon cher Courrier picard a pitié des vieux comme moi; alors, il a eu l’amabilité de m’initier au télétravail. Quel bonheur! Je suis en train taper cette chronique dans ma cuisine, en face d’un meuble en pin contenant mes livres de cuisine et un vieux faitout dans lequel je continue à cuisiner le pot-au-feu du dimanche à ma petite fiancée. C’est bon de bosser chez soi. Le journaliste que je suis a la curieuse impression de redevenir l’écrivain que je suis quelques fois.

    Mon cher et regretté chat Wi-Fi. Photo : Philippe Lacoche.
    Blaise Cendrars.
    Roger Vailland.
    Le faucheux. Photo : Philippe Lacoche.

    Il ne manque plus qu’un chat ronronnant à mes côtés. Un chat: je pense à mon cher Wi-Fi qui m’a quitté il y a quelques années et qui aurait été de faire chauffer sa douce panse de matou sur le système d’aération de mon ordinateur. Confiné, oui, je suis. À cause de mon grand âge. De l’usure aussi. Je ne plains pas. À vouloir faire le jeune homme dans les clubs enfumés jusque pas d’heure, à courir après les poulettes qui courent bien plus vite que moi, voilà ce qui arrive… Un vieux qui a vécu, c’est fragile. C’est la vie. Confiné, je lis; je relis. (Je me replonge dans mes auteurs préférés: Blaise Cendrars, Roger Vailland, Pierre Mac Orlan, Patrick Modiano, Kléber Haedens, Michel Houellebecq, Patrick Besson, Éric Neuhoff, Jean-Marie Rouart, Yann Moix, etc.) Je téléphone aux amis que je n’ai jamais le temps d’appeler. J’observe mon jardin, les fleurs et les oiseaux qui le peuplent. Et je contemple les bestioles qui résident dans ma maison. Exemple: ce faucheux (opiliones pour les érudits) qui avait établi, il y a peu, son domicile dans mes toilettes. Tous les matins, quand j’allais pisser, je lui disais bonjour. J’avais la curieuse impression qu’il me répondait. En tout cas qu’il s’était habitué à moi car, le jour de notre première rencontre, il tremblait de tous ces frêles membres. Et au fur et à mesure de mes visites, il ne tremblait plus du tout. Je crois même qu’il me regardait avec ses petits yeux malicieux. Depuis deux jours, je ne le vois plus. Je m’inquiète. Aurait-il été victime du conoravirus? Avec l’âge, je deviens bouddhiste. Il m’est impossible d’écraser une bestiole. Même les moins agréables. Les grosses araignées poilues, je les laisse tomber dans un verre (ou je les attrape délicatement avec un morceau de Sopalin – Société du papier-linge) et je les remets dans le jardin. Enfin, je tiens à prévenir les pangolins et les chauves-souris qu’ils ne sont pas forcément les bienvenus dans ma maison. Ce serait à cause d’eux, paraît-il, que le monde entier est emmerdé. Il ne faut pas exagérer quand même…

    Dimanche 22 mars 2020.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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