Une petite pluie tiède brumise les mélodies de Brahms

    Tout se tient. La vie? Une manière de boucle qui tourne autour de votre tête, de vos hanches comme un hula-hoop. (Qui se souvient encore des hula-hoops? Je revois encore ma grande sœur en pleine action, un chaud mois d’août des sixties, à Tergnier. Le klaxon milanesque du marchand de glace. La couleur des cornets à la pistache, dans la ruelle à la Cité Roosevelt.) Je quitte quelques instants le journal et mon ordinateur pour faire une course en centre-ville. Petite pluie molle et tiède sur ce tout début de la Fête de la musique. Sur le parvis du magasin d’instruments Royez, un trio: une violoniste, une violoncelliste et un pianiste. Et une mélodie mélancolique et diaphane qui s’échoue comme une vague lasse sur la plage grise de ma mélancolie. Sur l’une des partitions, j’aperçois le nom de Brahms que je n’aurais pas reconnu, moi, bien plus familier aux harmonies de Chuck Berry. Je me mets à penser aux Fêtes de la musique d’antan. Celles que je suivais, en famille, dans une autre vie, à Abbeville. Ces petits temps incertains d’été mouillé, froissé comme une sonate de Brahms. Ces moules-frites que nous dégustions sous l’immense chapiteau dressé sur la place, près de la poste. Le rire de mon copain Raymond Défossé… Et déjà, mes lectures incessantes des livres de Blaise Cendrars. Quelques années plus tôt, j’avais découvert La Main coupée, roman autobiographique du Suisse le plus français du monde; je me délectais de ses récits, des portraits à cru qu’il dressait de ses copains légionnaires, des escapades qu’ils effectuaient sur un bachot dans les marais de la Somme, en plein milieu des lignes ennemies. (Un descendant du délicat Brahms portait-il le casque à pointe du côté de Curlu?) Souvent, je filais sur les lieux à la recherche d’indices, de vestiges, de traces de tranchées, d’un cri resté figé dans l’air glacé du temps immobile. Tout se tient, oui. Je rentrai au journal, retrouvai mon ordinateur et tapai l’article qu’on m’avait commandé sur le légionnaire Cendrars dans la Somme. A Frise, bien sûr, mais aussi à Tilloloy. Tout se tient, oui… Je venais d’écrire un article sur le Rétro C Trop Festival qui a lieu en ce moment même au château de Tilloloy où Cendrars cantonnait. Dans le parc du château, j’avais retrouvé, sous le poirier qui grimpe sur le mur de pierre blanche, la plaque marquant le lieu où celui qu’il nomme Rossi dans le roman (en fait ce légionnaire espagnol se nommait

    Le début de la Fête de la musique, à Amiens, devant le magasin d'instruments Royez.
    Le début de la Fête de la musique, à Amiens, devant le magasin d’instruments Royez.

    , je crois) avait été enterré, éventré par une grenade alors qu’il se nourrissait, tel un ours, ours qu’il était physiquement, dans sa cagna-tanière. Les fêtes de la musique d’antan; Cendrars; Tilloloy, oui, tout se tient dans la vie quand une petite pluie molle et tiède brumise les mélodies de Brahms.

            Dimanche 26 juin 2016

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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