Du jazz, une drache et du blanc au printemps

         

    Romain Villet, au piano, en compagnie de la jeune chanteuse Manoah, de Longueau.

    Le printemps est une saison épatante. Nos sens bouillonnent ; les lilas fleurissent. C’est le moment d’aller taquiner la tanche dans l’étang du comité d’entreprise du Courrier picard, près d’Argoeuvres. A cause du sacré roman de près de quatre cents pages que je suis en train de terminer, je n’ai pas pu encore y aller, à la pêche. Ca me ronge ; ça me mine ; ça me rend de mauvaise humeur. De même, je n’ai pu bêcher que la moitié de mon potager que je fume avec mon compost maison bio. C’est dur, la vie d’un marquis des Dessous chics, au printemps. Pas tant que ça, au fond. Il y a peu, mon petit Gnou, qui adore les animaux, s’est mis en tête de rendre la vie agréable à mon hamster dame, Scully. Elle a d’abord entrepris de lui agrandir sa cage, lui a acheté d’adorables jeux colorés, tunnels divers, roue silencieuse afin que la minuscule bestiole fasse de l’exercice. Elle a lu aussi, sur Internet, que les barreaux métalliques de sa cage n’étaient pas très bénéfiques à sa santé. Pour y remédier, elle a décidé de les recouvrir de liège. Comme je bois dorénavant avec raison, je n’avais que trois ou quatre bouchons à lui proposer. Il me souvint que Manu, sympathique patron du Bistrot Saint-Germain, à Amiens, en possédait un plein bocal sur le comptoir de son établissement. Mercredi, vers midi, ce fut une bonne occasion d’aller le saluer. Il me fit don avec plaisir d’un sac de bouchons pour Miss Scully. Il en profita pour me faire déguster un Anjou blanc bio d’excellente tenue. (Manu a la délicatesse et l’intelligence de ne proposer à ses clients que des vins bios.) Ce breuvage eut pour effet de me mettre de très bonne humeur. Alors que je regardais la circulation défiler sur le boulevard du général Leclerc, une drache de printemps s’abattit sur la ville. C’est aussi ça, le printemps. De douces averses tièdes et drues qui vous font oublier que vous n’avez pas terminé la relecture des épreuves de votre roman, que les lilas sont en fleurs et que vous n’êtes pas encore allé traquer la tanche au ver de terreau. Je contemplais cette eau grise vive et drue comme le lait qui sort du pis de la vache. Et je m’engonçais doucement dans des rêveries mélancoliques. J’hésitais à commander un autre verre d’Anjou. Mais non ; je m’abstins. Il faut savoir être raisonnable même au cours d’un printemps humide et doux comme le ventre d’une fille. Il y avait également du vin blanc, quelques jours plus tôt, à la librairie du Labyrinthe où l’écrivain et pianiste Romain Villet dédicaçait son dernier livre My Heart Belongs to Oscar (éd. Le Dilettante), nom d’un spectacle qu’il a créé et qu’il donnera les 16, 17, 24 25 et 26 mai, au Théâtre de l’Ile Saint-Louis, à Paris (réservations : 01 46 33 48 65 ; contact@theatre-ilesaintlouis.com; romainvillet.com). Son opus de quatre-vingts pages et son spectacle en trio sont tous deux des hommages à Oscar Peterson mais aussi et surtout au jazz. Romain, lors de la dédicace n’avait pas oublié d’amener son piano et nous gratifia d’un concert de haute tenue. Il était en compagnie de la chanteuse Manoah, 18 ans, de Longueau, découverte de The Voice. Une voix juvénile, à la fois puissante, convaincante et… printanière.

                                                                Dimanche 12 mai 2019.

     

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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