Emmanuel Godefroy ou les bleus au cœur

         

    Emmanuel Godefroy devant l’une de ses oeuvres.

    J’aime beaucoup le bourg de Saint-Riquier. J’adore, dès qu’il fait beau, boire des verres à la terrasse du café central, sur la place pavée, bordée d’arbres séculaires, si française. J’ai toujours l’impression d’y voir débouler Nithard, patron des écrivains français dont le fut retrouvé près de l’abbaye, le front fendu d’un coup d’épée. J’aime tout autant le peintre-plasticien amiénois Emmanuel Godefroy. Il m’avait invité au vernissage de l’exposition Rétrospectives et œuvres récentes qu’il réalise, jusqu’au 30 septembre prochain, au centre culturel de Saint-Riquier. Je m’y rendis, le cœur léger, par une douce soirée. Sur place, je retrouvais quelques amis, notamment Frédéric Sannier, Hugues Hairy, Lionel Michaud et Jacques Dulphy.

    Jacques Dulphy, journaliste, écrivain, picardisant. L’ami du cidre et de Nithard.

    Avec ce dernier, nous évoquâmes les années passées à l’agence d’Abbeville du Courrier picard. Des noms s’égrenaient; des visages et des situations cocasses ou émouvantes, revenaient. Je parvins à atteindre la star du soir: Emmanuel Godefroy. Il m’expliqua qu’il exposait 59 tableaux, portraits, constructions en bois, paysages intérieurs et extérieurs, le tout réalisé à base de techniques et de matériaux divers (huile, collage de bois, pierre noire sur papier, encres, techniques mixtes, etc.). Au cours de son allocution, il souligna qu’il présentait là trente ans peintures et de dessins, «sans chronologie aucune». On appréciera son travail sur les bleus, et tout particulièrement ses toiles autour des bas champs. Sur l’une d’elles, Jacques Dulphy, originaire de Bourseville, dans le Vimeu, me confia qu’il empruntait souvent, enfant, en compagnie de sa mère le chemin qui illustrait l’œuvre. L’enfance est un jus de citron qui réveille et titille nos vies d’huîtres et d’adultes à coquilles dures. Si Emmanuel a notamment choisi de travailler les bleus, ce n’est pas innocent. Comme le souligne l’écrivain Alain Bron, écrivain mais aussi créateur de la très belle manifestation l’Art en Chemin (six communes du sud de l’Oise ouvrent leurs sentiers à l’association éponyme pour sa sixième édition qui sera inaugurée les 15 et 16 juin prochains et réunira 28 artistes – dont Emmanuel Godefroy – et 31 romanciers et nouvellistes) dans son beau texte de présentation «l’homme, couvert de larmes, a des bleus au cœur. Il vit pourtant. Il vit par et pour ses souvenirs lumineux. Il vit pour exaucer des prières sans dieux. Il vit pour les torrents de mots prêts à dévaler de son imagination. Il appartient comme vous, comme moi, à l’humanité. Il renaît.» Puis, vint le moment du cocktail; puis vint le vin. Il était sauvignon et bio, et de belle tenue. Jacques préféra le cidre, comme à son habitude; je m’adonnais au blanc pour irriguer ma mémoire sèche de sexagénaire. À travers les vitres du centre culturel, je contemplais le jardin de l’abbaye. La verdure immuable, universelle, semblait défier l’Histoire et l’époque si décevante; elle répondait aux bleus d’Emmanuel, tout aussi universels et intemporels. Je guettais Nithard. Je pressentais qu’il n’allait pas tarder.

    Dimanche 26 mai 2019.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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