Fuir le bonheur de peur qu’il ne…

                     

    Philippe Vilain dissèque un amour qui vole en éclats à cause une disparition inexpliquée. Poignant.

    L’absence n’est ni la mort, ni tout à fait l’espoir, mais cette torture du temps, son inquiétude et son vertige, qui fait espérer des choses auxquelles on fait semblant de croire; l’absence, c’est attendre sans pouvoir agir ni faire le deuil, c’est vivre avec un sentiment d’inachevé.Ces phrases sont celles d’un écrivain, d’un grand écrivain. Philippe Vilain scrute l’amour droit dans les yeux; il a raison. Il n’y a pas plus romanesque que cet étrange sentiment, même si, à notre époque, cela peut paraître banal.

    «Ils ont tout pour être heureux. Et le sont. Jusqu’au jour où Dan disparaît.

    Philippe Vilain, photographié en 2011.

    Grâce à sa manière, son ton, son sens aigu de l’observation, grâce à la douceur et à la mélancolie douceâtre et modianesque de son style d’écriture, rien n’est banal chez Vilain. Ses romans en sont la preuve; il faut lire Pas son genre (2011), La femme infidèle (2013), La fille à la voiture rouge (2017) et, au fond, toute son œuvre, pour prendre conscience du plaisir étrange, indicible, que sa littérature procure au lecteur.

    Avec Un matin d’hiver, il traite, une fois encore, de l’amour. De son absence, plutôt. Non pas que la narratrice, 30 ans, professeur de littérature, et Dan, enseignant en sociologie, ne s’aimassent point. Au contraire. Elle, française, passionnée, lui, américain, mystérieux, se rencontrent à l’université. Ils s’aiment, se marient. Un enfant naît: Mary. Ils ont tout pour être heureux. Et le sont. Jusqu’au jour où Dan disparaît après avoir annoncé qu’il allait rendre visite à ses parents aux États-Unis.

    Disparition terrible, totale, incroyable

    Une disparition terrible, totale, incroyable. «Bien sûr, il m’était plus facile d’envisager les hypothèses accidentelles, où sa volonté de disparaître n’était pas engagée; sans doute ne voulais-je m’expliquer l’inexplicable que dans le sens qui m’arrangeait. Mais qu’aurait-il eu à fuir, sinon le bonheur, seulement le bonheur?»

    Fuir le bonheur, comme dans la chanson de Serge Gainsbourg interprétée par Jane Birkin.

    Quinze ans passent. La narratrice pense que sa blessure s’est cicatrisée; il n’en est rien. Pourtant, la petite Mary a grandi; d’autres garçons ont aimé la narratrice. Non. Elle n’a rien oublié.

    À la fin du livre, ces phrases terribles: «Nous appartenons à nos histoires comme nos histoires nous appartiennent, et nous en sommes tantôt les personnages, tantôt les auteurs, tantôt les simples spectateurs: tour à tour, nous incarnons les trois instances du roman de nos vies, de l’épique des jours. Je n’ai pas écrit pour faire le deuil de Dan Peeters, l’oublier ou expurger je ne sais quelle ancienne souffrance, mais pour mieux me représenter sa disparition et témoigner de ce qu’elle fut pour moi: l’événement de ma vie.» Un roman poignant. PHILIPPE LACOCHE

    Un matin d’hiver, Philippe Vilain ; Grasset ; 140 p. ; 15 €.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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