«Ici, le 6 août 1955, il ne s’est rien passé»

     

    Juste à côté de l’excellente librairie Le Dormeur du Val, à Chauny (Aisne), se trouve une plaque incroyable!

         On le voit mal sur la présente photographie, celle qui, péniblement, illustre cette chronique. Au-dessus de l’enseigne du coiffeur So’Hair, 5, rue de la Chaussée, juste à côté de l’excellente librairie Le Dormeur du Val, à Chauny, se trouve une plaque: «Ici, le 6 août 1955, il ne s’est rien passé.» (Nous étions morts de rire; ah! l’humour axonais!) Existe-t-elle depuis longtemps? Je n’en sais rien. Jamais, je ne l’avais remarquée. Pourtant, combien de fois suis-je allé dédicacer mes livres au Dormeur du Val, invité par la sympathique libraire Aline? Était-ce le fait que c’était un dimanche d’hiver, en fin d’après-midi et qu’il faisait presque nuit? On voit mieux, la nuit, quand il fait froid comme avant, que la ville est quasiment déserte. L’air, glacé, joue le rôle du verre des lunettes du myope que je suis. Pas un myope des souvenirs, non; juste un myope du présent (cette légère douleur) et un aveugle-adversaire du futur (synonyme d’un imbécile progrès et d’un avenir inquiétant car résolument con: il ne nous mène qu’à la mort; mais cessons-là les philosophies de comptoir; «Rien ne dure, pas même la mort», écrivait un existentialiste; Sartre, peut-être). J’étais à Chauny en compagnie de mon ex-épouse, Féline. Si brune, si mignonne. D’un commun accord, nous voulions revoir Chauny. J’y suis né, un jour lointain et glacial de janvier; j’y ai fait la connaissance de Féline, un jour froid de janvier 1978. Je sortais d’une bringue carabinée (j’avais bu toute la nuit en compagnie de mes copains Yannick, dit Ulrich, et Fabert – RIP —); elle sortait du lycée. Il était 7h50. Il y avait une canne à lancer dans la voiture de Yannick. «Allons à la pêche aux lycéennes!» proposais-je dans un accès de féminisme ternois, avant de m’emparer ladite canne. Je lançais la cuiller aux pieds d’une théorie de jeunes filles; Féline était l’une d’elles. Elle rit de son rire éclatant de Méditerranée. (L’écume de la mer sur la plage de Cullera.) Me regarda. C’était parti. Nous nous revîmes quelques jours plus tard à la faveur d’un concert de Téléphone à la Maison des arts et loisirs de Tergnier. Nous brisâmes la vitre de l’hygiaphonedes convenances et réserves; nos désirs n’étaient pas feints. Elle avait 16 ans; j’en avais 22. Je débutais dans le journalisme rock à Paris. Elle se laissa entraîner dans les concerts (Starshooter, Ganafoul, Little Bob Story, etc.), dans l’arrière-salle du café Chez Hubert transformée en club (Le Stéréo) à Tergnier, et dans une adorable et longue histoire d’amour par la même occasion. Cela méritait bien un roman. Et j’écrivis Tendre rock. C’est étrange la vie. En ce dimanche glacial de janvier 2019, alors que la nuit de suie gelée faisait frisonner les dernières guirlandes, j’avais envie de décrocher la plaque et de la remplacer par celle-ci: «Ici, le 13 janvier 2019, un homme et une femme se sont souvenus de leurs amours égarées dans le Temps.» On ne se disait rien; ce n’était pas la peine. Nous nous regardions; nous nous comprenions. Au loin, tout au fond de la gare de Chauny, on entendait un train qui déchirait le silence de la presque nuit. Déjà, le présent n’existait plus, et l‘avenir avait pris ses jambes à son cou. Ne restait plus que l’hier doux de nos amours inouïes.

    Chauny, un soir d’hiver 2019.

    Dimanche 20 janvier 2019.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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