«Immédiatement», c’est déjà si loin

    Alain Paucard, écrivain. Ici photographié en septembre 2010. Il avait revêtu du plus beau tee-shirt du maréchal (Staline, pas Pétain!). Photo : Philippe Lacoche.

           Je crois me souvenir que c’est l’ami Alain Paucard qui m’a fait découvrir Livr’arbitres, sémillante et singulière revue littéraire qui n’a pas froid aux yeux. C’est le moins que l’on puisse dire: dans sa dernière livraison (mars 2020), elle propose notamment deux passionnants dossiers: l’un sur le sulfureux écrivain Henri Béraud, (Prix Goncourt 1922 pour Le Martyre de l’obèse) qui passa de l’extrême gauche à l’extrême droite, qui fut, dit-on, à l’origine de la campagne de presse contre Roger Salengro, ministre du Front populaire en 1936 (ce dernier finit par se suicider), qui échappa de peu à la condamnation à mort en 1944 (on dit que ce sont nos amis Anglais qui – peu rancuniers, car Béraud passa la seconde et droitière partie de sa vie à s’adonner avec force et vigueur à l’anglophobie – demandèrent à de Gaulle de l’épargner); l’autre sur le tout autant sulfureux (mais pour d’autres raisons) Jacques Laurent, styliste incomparable, romancier impénitent (la série Caroline chérie, c’est lui) courageux polémiste, esprit frondeur, académicien. C’est bien de savoir mettre en avant la littérature, le style, le panache, l’audace à la hussarde, et ne pas mélanger tout cela à l’esprit bien pensant castrateur et au politiquement correct mou de genou. J’apprécie le ton de cette revue courageuse, bien construite et très bien écrite. J’ai lu avec un plaisir non dissimulé l’article de Maurice Pergnier à propos de Peter Handke et de ses positions pro serbes pendant les guerres de Yougoslavie. Handke, courageux lui aussi, refusa de bêler avec les apôtres du politiquement correct qui tiraient à boulets rouges sur le peuple serbe, l’un des plus francophiles et les plus antinazi de la terre. En France, nous étions alors une poignée (Patrick Besson, Jérôme Leroy, Jean-Christophe Buisson, Sébastien Lapaque, Thierry Séchan, Alain Paucard, etc.) à nous souvenir de l’Histoire, et à soutenir la Serbie. Parmi ces écrivains, journalistes, critiques, artistes, plusieurs faisaient partie de la rédaction d’Immédiatement. Pas étonnant que Livr’arbitres consacre également un dossier à cette revue sœur, née en 1996, fondée par Éric Festor (décédé accidentellement en septembre 1999), Luc Richard et Xavier Perez, qui, interviewé dans ces pages, rappelle l’historique et les ambitions de la défunte Immédiatement. J’adorais cette revue, éminemment littéraire, farouchement hostile aux années-fric et à la parenthèse ultralibérale ouverte au début des années 1980. Amoureuse inconditionnelle de notre beau pays. Elle était constituée de journalistes et critiques de diverses opinions: royalistes, anarchistes, gaullistes, communistes notamment; il m’arrivait d’écrire dans Immédiatement. Quelques amis proches (Christian Authier, Jérôme Leroy, Sébastien Lapaque, Jean-Christophe Buisson, etc.) s’y exprimaient. J’aimais les retrouver à Paris pour des repas et pérégrinations nocturnes bien arrosées. Oui, nous aimions la France, la littérature, l’inclassable Michel Houellebecq, le communiste Roger Vailland et les monarchistes Kléber Haedens, Georges Bernanos et Jacques Perret. Oui, nous espérions alors un rapprochement entre Chevènement et Seguin. Tout ça est si loin; tout ça avait de la gueule. Merci à Livr’arbitres pour cet hommage à Immédiatement.

    Dimanche 3 mai 2020.

    Patrick Besson, octobre 23017. Paris. Photo : Philippe Lacoche.
    Jérôme Leroy, Arras, mai 2015. Photo : Philippe Lacoche.
    Jean-Christophe Buisson, journaliste, écrivain (à gauche) et Vladimir Fédorovski, écrivain. Paris. Avril 2010. Photo : Philippe Lacoche.
    Sébastien Lapaque, critique au Figaro littéraire et écrivain. Deauville. Mai 2013. Photo : Philippe Lacoche.
    Le regretté Thierry Séchan. Photo : Philippe Lacoche.
    Christian Authier.
    Michel Houellebecq.
    Kléber Haedens, écrivain, critique littéraire, journaliste sportif. Hussard.
    Jacques Perret, écrivain.
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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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