Inoubliable découverte au bout de la nuit noire

        

    The Ginger Theory.

    Parfois, j’ai l’impression que ma vie n’est tissée que de hasards. Il devait être 21 heures. Je quittais la rédaction et plongeai, pensif, boulevard du Port-d’Aval, dans la nuit anthracite, crue comme un radis noir. Au loin, j’apercevais les eaux sombres de la Somme, manières de pétrole gras et calme comme un notable de province. Plus de cigarettes. Flûte de Zut! Mon petit Gnou n’était pas disponibleet je ne pouvais donc pas la taxer, elle qui fume comme un pompier. Je n’avais qu’une envie: regagner ma maison de résistant de l’avenue Louis-Blanc et m’installer devant la télévision, ou poursuivre ma lecture du dernier roman de Gérard Guégan, Nikolaï le bolchevik amoureux (éditions Vagabonde), sur le camarade Nikolaï Ivanovitch Boukharine. Raté: il me fallait faire un détour chez Froc, mon dealer préféré de nicotine, pour m’adonner à mon vice. Sur le retour, alors que j’empruntais le boulevard du Général-Leclerc, mon attention fut attirée par la vitrine du café Le Saint-Germain. Derrière celle-ci, des clients nombreux dont les regards convergeaient vers un même point. La retansmission d’un match de football sur un écran géant? Ce n’était pas le genre de Manu et de son équipe du Bistrot Saint-Germain. Alors quoi, lectrice énamourée, passionnée, fébrile et – enfin! – soumise par tant de suspens? Je m’approchais, tel un Albert Londres au bagne de Cayenne, ou un Joseph Kessel dans le parc royal du Kenya. D’emblée, mes grandes oreilles de Ternois de base furent caressées par une rythmique qui sentait aussi bon que le lapin aux olives noires dont j’ai l’habitude de cuisiner aux femmes que j’aime. Une rythmique nimbée de rhythm’n’blues façon Stax (sans les cuivres), plus sombre qu’une nouvelle d’Emmanuel Bove. Ce fut le choc: ce groupe m’envoûtait. Je me renseignais auprès d’un jeune homme affable qui n’était autre que le petit ami de la chanteuse. Il me confia que le trio se nommait The Ginger Theory. Qu’il était constitué de sa chérie, la jolie Charlotte Devillier, au chant, une voix mâtinée de blues qui n’est pas sans rappeler celle de la regrettée et inoubliable Amy Winehouse; de Thomas Orlent, dit Massto (Thomas en verlan), au chant et à la guitare (une Ibanez demi-caisse) avec qui j’avais déjà discuté à la terrasse du My Goodness, un soir d’une fuite en avant dans des brumes épaissies par la Guinness; et mon copain Bertrand Blandin à la contrebasse. The Ginger Theory (la théorie de la rousse?) a été fondé en décembre 2018, donc tout dernièrement, par Bertrand qui, déjà, jouait avec Thomas dans Soul Addiction. «Quand ce combo s’est séparé, on a créé The Ginger Theory», confie le contrebassiste. «On a cherché une chanteuse. On a mis des annonces sur Facebook. Une quinzaine d’un peu partout – Dunkerque, Paris, etc. – ont répondu. C’est Charlotte qui nous a plu avec son timbre vocal, sa sensibilité…». Pour l’instant, ils s’adonnent à des reprises (Otis Redding, Aretha Franklin, Sam Cooke, Nina Simone, Stevie Wonder, etc.) mais entendent bien écrire des morceaux personnels. Ce soir-là, c’était leur premier concert. Et, je t’assure lectrice subjuguée que The Ginger Theory relève de l’excellence et que, sous peu, il va faire un malheur. Et j’invite tous les organisateurs de concerts à les embaucher (contact sur leur page Facebook éponyme ou en appelant Bertrand au 06 28 05 04 36). J’ai dit.

    Dimanche 10 mars 2019.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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